‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 303 sur 854 · LIVRE XV, CHAP. XVIII. ax · texte numérisé non relu

LIVRE XV, CHAP. XVIII. ax

citoyens dans la république. Les lois peuvent favoriser le pécule , et mettre les esclaves en état d'acheter leur liberté ; elles peuvent donner un terme à la servitude , comme celles de Moïse , qui avaient borné à six ans celle des esclaves hébreux (i). Il est aisé d'affranchir, toutes les années, un certain nombre d'esclaves parmi ceux qui , par leur âge, leur santé , leur industrie, auront le moyen de vivre. On peut même guérir le mal dans sa racine : comme le grand nombre d'esclaves est lié aux divers emplois qu'on leur donne, transporter aux ingénus une partie de ces emplois, par exemple , le commerce ou la navigation , c'est diminuer le nombre des esclaves.

Lorsqu'il y a beaucoup d'affranchis , il faut que les lois civiles fixent ce qu'ils doivent à leur patron , ou que le contrat d'affranchissement fixe ces devoirs pour elles.

On sent que leur condition doit être plus favorisée dans l'état civil que dans l'état politique; parce que, dans le gouvernement même populaire , la puissance ne doit point tomber entre les mains du bas peuple.

A Rome , où il y avait tant d'affranchis , les lois politiques furent admirables à leur égard. On leur donna peu , et on ne les exclut presque de rien ; ils eurent bien quelque part à la législation , mais ils n'influaient presque point dans les résolutions qu'on pouvait prendre. Ils pouvaient avoir part aux charges et au sacerdoce même (2) j mais ce privilège était en quelque façon rendu vain par les désavantages qu'ils avaient dans les élections. Ils avaient droit d'entrer dans la milice $ mais , pour être soldat , il fallait un certain cens. Rien n'empêchait les affranchis (3) de s'unir par mariage avec les familles ingénues j mais il ne leur était pas permis jie s'allier avec celles des sénateurs. Enfin , leurs enfans étaient ingénus , quoiqu'ils ne le fussent pas eux-mêmes.

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