‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 334 sur 854 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Comment la nature du terrain influe sur les lois. *

1 Jk bonté des terres d'un pays y établit naturellement la dépendance. Les gens de la campagne , qui y font la principale partie du peuple, ne sont pas si jaloux de leur liberté; ils sont trop occupés et trop pleins dç leurs affaires particulières. Une campagne qui regorge de biens craint le pillage , elle craint une armée. « Qui est-ce qui forme le bon parti ? disait Cicéron à Atticus (i) : » seront-ce les gens de commerce et de la campagne ? A moins » que nous n'imaginions qu'ils sont opposés à la monarchie , eux » à qui tous les gouyernemens sont égaux, dès lors qu'ils sont » tranquilles. »

Ainsi le gouvernement d'un seul se trouve«plus souvent dans les pays fertiles, et le gouvernement de plusieurs dans les pays qui ne le sont pas; ce qui est quelquefois un dédommagement.

La stérilité du terrain de l'Attique y établit le gouvernement populaire , et la fertilité de celui de Lacédémone le gouvernement aristocratique. Car, dans ces temps-là, on ne voulait point dans la Grèce du gouvernement d'un seul : or, le gouvernement aristocratique a plus de rapport avec le gouvernement d'un seul.

Plutarque (2) nous dit que la sédition cilonienne ayant été apaisée à Athènes , la ville retomba dans ses anciennes dissensions, et se divisa en autant de partis qu'il y avait de sortes de territoires dans le pays de l'Attique. Les gens de la montagne voulaient à toute force le gouvernement populaire ; ceux de la plaine demandaient le gouvernement des principaux; ceux qui étaient près de la mer étaient pour un gouvernement mêlé des deux.

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