‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 366 sur 854 · LIVRE XIX, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE XIX, CHAP. V

une facilité à communiquer ses pensées ; qui fut vive , agréable , enjouée , quelquefois imprudente , souvent indiscrète , et qui eût avec cela du courage , de la générosité , de la franchise , un certain point d'honneur , il ne faudrait point chercher à gêner , par des lois, ses manières , pour ne point gêner ses •vertus. Si en général le caractère est bon , qu'importe de quelques défauts qui s'y trouvent?

On y pourrait contenir les femmes , faire des lois pour corriger leurs mœurs , et borner leur luxe : mais , qui sait si on n'y perdrait pas un certain goût qui serait la source des richesses delà nation, et une politesse qui attire chez elle les étrangers?

C'est au législateur à suivre l'esprit de la nation lorsqu'il n'est pas contraire aux principes du gouvernement ; car , nous ne faisons rien 'de mieux que ce que nous faisons librement , et en suivant notre génie naturel.

Qu'on donne un esprit de pédanterie à une nation naturellement gaie , l'état n'y gagnera rien , ni pour le dedans , ni pour le dehors. Laissez-lui faire les choses frivoles sérieusement , et gaiement les choses sérieuses.

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