‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 381 sur 854 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Conséquence du chapitre précédent.

Il résulte de là , que la Chine ne perd point ses lois par la conquête. Les manières, les moeurs, les lois, la religion , y étant la même chose, on ne peut changer tout cela à la fois. Et, comme il faut que le vainqueur ou le vaincu changent , il a toujours fallu à la Chine que ce fût le vainqueur : car ses mœurs n'étant point ses manières ; ses manières , ses lois ; ses lois , sa religion ; il a été plus aisé qu'il se pliât peu à peu au peuple vaincu , que le peuple vaincu à lui.

Il suit encore de là une chose bien triste : c'est qu'il n'est presque pas possible que le christianisme s'établisse jamais à la Chine (i). Les vœux de virginité , les assemblées des femmes dans les églises , leur communication nécessaire avec les ministres de la religion , leur participation aux sacremens , la confession auriculaire , l'extrême-onction , le mariage d'une seule femme ; tout cela renverse les mœurs et les manières du pays , et frappe encore du même coup sur la religion et sur les lois.

La religion chrétienne , par l'établissement de la charité , par un culte public , par la participation aux mêmes sacremens , semble demander que tout s'unisse : les rites des Chinois semblent ordonner que tout se sépare.

Et , comme on a vu que cette séparation (2) tient en général à l'esprit du despotisme , on trouvera dans ceci une des raisons qui font que le gouvernement monarchique et tout gouvernement modéré s'allient mieux (3) avec la religion chrétienne.

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