CHAPITRE XX
Explication d'un paradoxe sur les Chinois.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que les Chinois , dont la vie est entièrement dirigée par les rites , sont néanmoins le peuple le plus fourbe de la terre. Cela paraît surtout dans le commerce , qui n'a jamais pu leur inspirer la bonne foi qui lui est naturelle. Celui qui achète doit porter (i) sa propre balance j chaque marchand en ayant trois , une forte pour acheter , une légère pour
(i) Journal de Lange t en 1721 et 172:1; lo me VIII des Voyages du nord, page 363. *
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vendre , et une juste pour ceux qui sont sur leurs gardes. Je crois
pouvoir expliquer cette contradiction.
Les législateurs de la Chine ont eu deux objets : ils ont voulu que le peuple fut soumis et tranquille , et qu'il fut laborieux et industrieux. Par la nature du climat et du terrain , il a une vie précaire ; on n'y est assuré de sa vie qu'à force d'industrie et de travail.
Quand tout le monde obéit et que tout le monde travaille , l'état est dans une heureuse situation. C'est la nécessité , et peutêtre la nature du climat , qui ont donné à tous les Chinois une avidité inconcevable pour le gain ; et les lois n'ont pas songé à l'arrêter. Tout a été défendu , quand il a été question d'acquérir par violence j tout a été permis , quand il s'est agi d'obtenir par artifice ou par industrie. Ne comparons donc pas la morale des Chinois avec celle de l'Europe. Chacun , à la Chine , a dà être attentif à ce qui lui était utile ; si le fripon a veillé à ses intérêts , celui qui est dupe devait penser aux siens. A Lacédémone , il était permis de voler j à la Chine , il est permis de tromper.