CHAPITRE X
Établissement propre au commerce d'économie.
Dans les états qui font le commerce d'économie , on a heureusement établi des banques 0 qui , par leur crédit , ont formé de nouveaux signes des valeurs. Mais on aurait tort de les transporter dans les états qui font le commerce de luxe. Les mettre dans des pays gouvernés par un seul , c'est supposer l'argent d'un coté , et de l'autre la puissance: c'est-à-dire , d'un côté , la faculté de tout avoir sans aucun pouvoir; et, de l'autre, le pouvoir avec la faculté de rien du tout. Dans un gouvernement pareil , il n'y a jamais eu que le prince qui ait eu ou qui ait pu avoir un trésor ; et partout ou il y en a un , dès qu'il est excessif, il devient d'abord le trésor du prince.
Par la même raison , les compagnies de négocians qui s'asso-t cient pour un certain commerce conviennent rarement au gouvernement d'un seul. La nature de ces compagnies est de donner aux richesses particulières la force des richesses publiques. Mais , dans ces états , cette force ne peut se trouver que dans les mains du prince. Je dis plus : elles ne conviennent pas toujours dans les états où l'on fait le commerce d'économie; et, si les affaires ne sont si grandes qu'elles soient au-dessus de la portée des particuliers , on fera encore mieux de ne point gêner par des privilèges exclusifs la liberté du commerce.