‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 422 sur 854 · CHAPITRÉ PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ PREMIER

Quelques considérations générales.

uoiQUE le commerce soit sujet à de grandes révolutions , il peut arriver que de certaines causes physiques , la qualité du terrain ou du climat , fixent pour jamais sa nature.

Nous ne faisons aujourd'hui le commerce des Indes que par l'argent que nous y envoyons. Les Romains (1) y portaient toutes

(1) Pline , liv, VI, chap. xxm.

a88 DE L'ESPRIT DES LOIS.

les années environ cinquante millions de sesterces. Cet argent , comme le notre aujourd'hui , était converti en marchandises qu'ils rapportaient en Occident. Tous les peuples qui ont négocié aux Indes y ont toujours porté des métaux , et en ont rapporté des marchandises.

C'est la nature même qui produit cet effet. Les Indiens ont leurs arts, qui sont adaptés à leur manière de vivre. Notre luxe ne saurait êlre le leur , ni nos besoins être leurs besoins. Le climat ne leur demande ni ne leur permet presque rien de ce qui vient de chez nous. Ils vont en grande partie nus; les vêtemens qu'ils ont, le pays les leur fournit convenables; et leur religion , qui a sur eux tant d'empire , leur donne de la répugnance pour les choses qui nous servent de nourriture. Ils n'ont donc besoin que de nos métaux , qui sont les signes des valeurs , et pour lesquels ils donnent des marchandises , que leur frugalité et la nature de leur pays leur procurent en grande abondance. Les auteurs anciens qui nous ont parlé des Indes nous les dépeignent (i) telles que nous les voyons aujourd'hui , quant à la police , aux manières et aux mœurs. Les Indes ont été , les Indes seront ce qu'elles sont à présent; et , dans tous les temps , ceux qui négocieront auxindes y porteront de l'argent t et n'en rapporteront pas.

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