LIVRE IV, CHAP. V
On peut définir cette vertu , l'amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l'intérêt public au sien propre , donne toutes les vertus particulières 5 elles ne sont que cette préférence.
Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or , le gouvernement est comme toutes les choses du monde ; pour le conserver , il faut l'aimer.
On n'a jamais ouï dire que les rois n'aimassent pas la monarchie , et que les despotes haïssent le despotisme.
Tout dépend donc d'établir dans la république cet amour; et c'est à l'inspirer que l'éducation doit être attentive. Mais , pour que les enfans puissent l'avoir , il y a un moyen sàr , c'est que les pères l'aient eux-mêmes.
On est ordinairement le maître de donner à ses enfans ses con« naissances ; on l'est encore plus de leur donner ses passions.
Si cela n'arrive pas , c'est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors.
Ce n'est point le peuple naissant qui dégénère ; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus.