‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 494 sur 854 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des mariages.

L'obligation naturelle qu'a le père de nourrir ses enfans a fait établir le mariage , qui déclare celui qui doit remplir cette obligation. Les peuples (2) dont parle Pomponius Mêla (3) ne le fixaient que par la ressemblance.

Chez les peuples bien policés , le père est celui que les lois , par

(1) Traduction du commencement de Lucrèce, par le sieur d'Hesnaut. — ■ (a) Les Garamantes. — (5) Liv. X , çhap. m.

la cérémonie du mariage , ont déclaré devoir être tel (i) , parce qu'elles trouvent en lui la personne qu'elles cherchent.

Cette obligation, chez les animaux, est telle, que la mère peut ordinairement y suffire. Elle a beaucoup plus d'étendue chez les hommes : leurs enfans ont de la raison; mais elle ne leur vient que par degrés: il ne suffit pas de les nourrir , il faut encore les conduire : déjà ils pourraient vivre , et ils ne peuvent pas se gouverner.

Les conjonctions illicites contribuent peu à la propagation de l'espèce. Le père, qui a l'obligation naturelle de nourrir et d'élever les enfans , n'y est point fixé ; et la mère , à qui l'obligation reste , trouve mille obstacles par la honte , les remords , la gêne de son sexe, la rigueur des lois : la plupart du temps elle manque de moyens.

Les femmes qui se sont soumises à une prostitution publique ne peuvent avoir la commodité d'élever leurs enfans. Les peines de cette éducation sont même incompatibles avec leur condition; et elles sont si corrompues , qu'elles ne sauraient avoir la confiance de la loi.

Il suit de tout ceci, que la continence publique est naturellement jointe à la propagation de l'espèce.

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