LE SALUT DU PEUPLE EST LA SUPRÊME LOI
J'ai dit qu'un grand état (1) devenu accessoire d'un autre s'affaiblissait, et même affaiblissait le principal . On sait que l'état a intérêt d'avoir son chef chez lui , que les revenus publics soient bien administrés , que sa monnaie ne sorte point pour enrichir nn autre pays. Il est important que celui qui doit gouverner ne soitpoint imb u de maximes étrangères j elles conviennent moins que celles qui sont déjà établies : d'ailleurs, les hommes tiennent prodigieusement à leurs lois et à leurs coutumes ; elles font la félicité de chaque nation ; il est rare qu'on les change sans de grandes secousses et une grande effusion de sang , comme les histoires de tous les pays le font voir.
Il suit de là que , si un grand état a pour héritier le possesseur d'un grand état, le premier peut fort bien l'exclure, parce qu'il est utile à tous les deux états que l'ordre de la succession soit changé. Ainsi la loi de Russie , faite au commencement du règne d'Elisabeth , exclut-elle très-prudemment tout héritier qui posséderait une autre monarchie; ainsi la loi de Portugal rejette-t-elle tout étranger qui serait appelé à la couronne par le droit du sang.
Que si une nation peut exclure , elle a à plus forte raison le droit de faire renoncer. Si elle craint qu'un certain mariage n'ait des suites qui puissent lui faire perdre son indépendance ou la jeter dans un partage, elle pourra fort bien faire renoncer les contractons et ceux qui naîtront d'eux à tous les droits qu'ils
(1) Voyez ci-deftftus, liv. V, cbap. xiv; liv. Vllf,cbap. xvf, xvn , xvin, xix et xx j liv. IX, chap. iv, v, vi et vu 3 et liv* X, cbap. ix et x*