CHAPITRE VI
Que les lois qui paraissent les mêmes n'ont pas toujours les mêmes effets.
César (i) défendit de garder chez soi plus de soixante sesterces. Cette loi fut regardée à Rome comme très-propre à concilier les débiteurs avec les créanciers , parce qu'en obligeant les riches à prêter aux pauvres , elle mettait ceux-ci en état de satisfaire les riches. Une même loi , faite en France du temps du système , fut très-funeste : c'est que la circonstance dans laquelle on la fit était affreuse. Après avoir ôté tous les moyensade placer son argent , on ôta même la ressource de le garder chez soi; ce qui était égal à un enlèvement fait par violence. César fit sa loi pour que l'argent circulât parmi le peuple ; le ministre de France fit la sienne pour que l'argent fut mis dans une seule main. Le premier donna pour de l'argent des fonds de terre , ou des hypothèques sur des particuliers; le second proposa pour de l'argent des effets qui n'avaient point de valeur , et qui n'en pouvaient avoir par leur nature , par la raison que sa loi obligeait de les prendre.