‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 73 sur 854 · CHAPITRE XVI. D'à la communication du pouvoir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. D'à la communication du pouvoir

Dans le gouvernement despotique , le pouvoir passe tout entier dans les mains de celui li qui on le confie. Le vizir est le despote lui-même"^ et chaque officier particulier est le vizir. Dans le gouvernement monarchique, le pouvoir s'applique moins immédiatement ; le monarque,. en le donnant, le tempère (4). Il fait une telle distribution de son autorité, qu'il n'en donne jamais une partie qu'il n'eji retienne, nue plus grande.

Ainsi , dans les états monarchiques % les gouverneurs particuliers des villes ne relèvent pas tellement du gouverneur de la province, qu'ils ne relèvent du prince encore davantage; et lejmfficiers particuliers des corps militaires ne dépendent pas tellement du général, qu'ils ne dépendent du prince encore plus.

TTàns la plupart des états monarchiques, on a sagement établi que ceux qui ont un commandement un peu étendu ne soient attachés à aucun corps de milice ; de sorte que , n'ayant de commandement que par une volonté particulière du prince , pouvant être employés et ne l'être pas , ils sont, en quelque façon, dans le service , et , en quelque façon % dehors «

Ceci est incompatible avec le gouvernement despotique : car si ceux qui n'ont pas un emploi actuel, avaient néanmoins des prérogatives et des titres , il y aurait dans l'état des hommes grands par eux-mêmes ; ce qui choquerait la nature de ce gouvernement. Que si le gouverneur d'une ville était indépendant du hacha , il faudrait tous les jours. des tempéramens pour les accommoder; chose absurde dans un gouvernement despotique. Et, de plus, le gouverneur particulier pouvant ne pas obéir > comment l'autre pourrait-il répondre de la province sur sa tête-?

Dans ce gouvernement, l'autorité ne peut être balancée; celle du moindre magistrat ne l'est pas* plus que celle du despote.

(1) Il me semble qn'on aimait trop, les confiscations dans la république d" Allié nés. — (a) Anllienlica bon a datnnatorum. (Cod.de bon. proscrip. seu damn. ) — (3) Liv. V , chap. III.

(4) Ut esse Pbotbi dalcius lumen sole* iamjam cadenti&.t.*.

Dans les pays modem, la loi est partout sage, elle est partout connue, et les plus petits magistrats peuvent la suivre. Mais dans le despotisme, où la loi n'est que la volonté du prince, quand le prince serait sage , comment un magistrat pourrait-il suivre une yolonté qu'il ne connaît pas? Il faut qu'il suive la sienne.

ÊI1 y a plus ) c'est que, la loi n'étant que ce que le prince veut , t le prince ne pouvant vouloir que ce qu'il connaît , il faut bien u'îl y ait une infinité de gens qui veuillent pour lui et comme lui. Enfin , la loi étant la volonté momentanée du prince , il est ecessaire que ceux qui veulent pour lui veuillent subitement )mme lui.

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