‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 91 sur 854 · CHAPITRE JX · texte numérisé non relu

CHAPITRE JX

JDe la sévérité dès peines , dans les divers gouvernement.

La sévérité des peines convient mieux au gouvernement despotique , dont le principe est la terreur , qu^à la monarchie et à la république, qui ont pour ressort l'honneur et la vertu.

"Dans les états modérés , l'amour de la patrie , la honte et la crainte du blâme , sont des motifs réprimans , qui peuvent arrêter bien des crimes. La plus grande peine d'une mauvaise action sera d'en être convaincu. Les lois civiles y corrigeront donc plus aisément , et n'auront pas besoin de tant de force.

Dans ces états , un bon législateur s'attachera moins à punir le^ crimes qu'à les prévenir ; il s'appliquera plus, à donner des mœurs qu'a infliger des supplices.

C'est une remarque perpétuelle des auteurs chinois (2) , que plus dans leur empire , on voyait augmenter les supplices ? plus la révolution était prochaine. C'est qu'on augmentait les supplices à mesure qu'on manquait de mœurs.

Il serait aisé de prouver que , dans tous ou presque tous les états d'Europe , les peines ont diminué ou augmenté à mesure qu'on s'est plus approché ou plus éloigné de la liberté.

Dans les pays despotiques , on est si malheureux , que l'on y eraint plus la mort qu'on ne regrette la vie ; les supplices y doivent donc être plus rigoureux. Dans les états modérés , on craint plus de perdre la vie qu'on ne redoute la mort en elle-même j les supplices qui ôtent simplement la vie y sont donc suinsans.

Les nommes extrêmement heureux , et les hommes extrême- \ ment malheureux sont également portés à la dureté ;. témoin \ y les moines et les conquérans. U n'y a que la médiocrité et ley^

(i) Liv. IX. — (a) Je ferai voir dans la suite que la Chine,, à ce t égard , est dans le cas d'une république , ou d'une jnonarçliie«

, \ mélange de la bonne et de la mauvaise fortune qui donnent de ^'. \la douceur et de la pitié.

Ce que l'on voit dans les hommes en particulier se trouve dans les diverses nations. Ches les peuples sauvages qui mènent une vie très-dure , et ches les peuples des gouvernemens despotiques où il n'y a qu'un homme exorbitamment favorisé de la fortune , tandis que tout le reste en est outragé , on est également cruel. La douceur règne dans les gouvernemens modérés.

Lorsque nous lisons dans les histoires, les exemples delà justice atroce des sultans , nous sentons , avec une espèce de douleur , les maux de la nature humaine. *

Dans les gouvernemens modérés , tout , pour un bon législateur , peut servir à former dés peines. N'est-il pas bien extraordinaire qu'à Sparte une des principales fût de ne pouvoir prêter sa femme à un autre , ni recevoir celle d'un autre ; de n'être jamais dans sa maison qu'avec des vierges? En un mot, tout ce que la loi appelle une peine est effectivement une peine.

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