‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 121 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE III. pSg · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. pSg

Comme ils sont dans le ciel au-dessus du danger, Us n'ont là rieii à craindre et rien à ménager. Du reste, je sais bien que souvent il arrive Qu'un vainqueur s'adoucit auprès de sa captive. Les droits de la victoire ont quelque liberté Qui ne sauroit déplaire à notre âge indompté : Mais quand à cette ardeur un monarque défère, U s'en fait un plaisir et non pas une affaire; Il repousse Tamour comme un lâche attentat, Dès qu'il veut prévaloir sur la raison d'état; Et son cœur, au-dessus de ces basses amorces, Laisse à cette raison toujours toutes ses forces.

ijae ce prince n'exprime ni assez ce qa*il doit dire, ni assez bien c^ qa'il dit.

Quel ridicole espoir en garderoit mon ame , Si votre dureté me refuse ma femme ?

Ett-il rien plus à moi , rien plus à balancer?

LadUns répond à ces vers comiques, que sa femme n*est point sa femme ; le Namide ne parle alors que de son amour fidèle, de ce qu'on digne amour donne d'impatience, des amours de Mars et de Jupiter; il dit qu'il ne veut rc(];Dcr et vivre que dans les bras de Sophonisbe : il parle beaucoup plus tendrement de sa passion pour elle à Laelius qu'il n'en parle à elle-même; et par là il redouble le mépris que Laelius lui témoigne. Cctait là pourtant une belle occasion de répondre avec dignité à Lxlius , de faire valoir les droits des rois et des nations, d'opposer la violence africaine à la grandeur romaine, de repousser l'outrage par l'outrage, au lieu de jouer le rôle d*nn valet qui s'est marié sans la permission de son maître. Il soutient ce malheureux personnage dans la scène suivante avec Sophonisbe ; il la prie de venir demander grâce avec lui à Scipion ; et enfin la faiblesse de ses expressions ne répond que trop à celle de son ame.

24o SOPHONISBE.

Quand l'amour avec elle a de quoi s'accorder , Tout est beau, tout succède , on n a qu a demander; Mais, pour peu qu'elle en soit ou doive être alarmée, Son feu qu'elle dédit doit tourner en fumée.

Je vous en parle en vain : cet amour décevant Dans votre cœur surpris a passé trop avant; Vos feux vous plaisent trop pour les vouloir éteindre: Et tout ce que je puis, seigneur, c'est de vous plaindre

Me plaindre tout ensemble et me tyranniser !

LiELIUS.

Vous l'avouerez un jour, c'est vous favoriser.

MASSINISSE

Quelle faveur, grands dieux ! qui tient lieu de supplice 1

LiELIUS.

Quand vous serez à vous, vous lui ferez justice.

MASSlNISSE.

Ah ! que cette justice est dure à concevoir !

LiELIUS.

Je la connois assez pour suivre mon devoir '.

' Massinisse parait dans un avilissement encore plus grand que Syphax; il vient se plaindre de ce qu*on lui prend sa femme : il fait l'apologie de l'amour devant le lieutenant de Scipion ; et il fait cette apologie en vers comiques : Pour aimer à notre Age, en est-^n moins parfait? etc. : et Laelius, qui ne paraît là que pour dire qu'il ne faut point aimer, joue un rôle aussi froid que celui de Massinisse est humiliant.

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