‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 165 sur 278 · CAMILLE, LACUS, MARTIAN, ALBIANE · texte numérisé non relu

CAMILLE, LACUS, MARTIAN, ALBIANE

CAMILLE

Je VOUS rencontre ensemble ici fort à propos, ' Et Youlois à tous deux vous dire quatre mots ^ Si j'en crois certain bruit que je ne puis vous taire, Vous poussez un peu loin l'orgueil du ministère : On dit que sur mon rang vous étendez sa loi, Et que vous vous mêlez de disposer de moi.

' A propos et quatre mots auraient gâté le rôle de Gomëlle ; mais une fille qui vient parler ainsi de son mariage à deux ministres est bien loin d'être une Gornélie. Camille emploie cette figure froide de l'ironie*, qu'il faut employer si sobrement; elle parle en bourgeoise en parlant de l'empire. Je sais ce qui m'est propre; je m*aime un peu moi-même; je n'ai pas grande envie. L'insipidité de Fintrigue et la bassesse de l'expression sont égales. Ces fautes trop souvent répétées sont cause que cette pièce, admirablement commencée, faiblit de scène en scène, et ne peut plus être représentée.

* Voltaire traite toujours Fironie de figure froide , et véritablement elle peut l'éire ici ; mais il oublie qu'elle a été employée avec succès par les plus grands poëtes dans le feu des passions les plus violentes. Clytemncstre ellemême ( et dans quel moment! ) en donne un exemple dans Iphigénie, qui prouve bien que Racine ne regardait pas celte figure comme déplacée dans les situations les plus fortement tragiques : Venez , dit Clytemncstre à sa fille,

On n'attend plus que vous ;

Venez remercier un père qui vous aime , Et qui veut à l'autel vous conduire lui-même.

Est-il une ironie plus amère que celle que prête à Roxane le même poëte , lorsque , parlant à sa rivale , dans le plus vif emportement de sa jalousie ,

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