‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 185 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

PLAUTINE.

Flatterieas-vpus Othon d'une vaine chimère?

' VINIUS.

Non ; tout ce que j'ai ^t n est qu'un rapport sincère.

Je crois te voir régner avec ce cher Othon :

Mais n espère pas moins du côté de Pison;

Galba te donne à lui. Piqué contre Camille,

Dont Famour a rendu son projet inutile.

Il veut que cet hymen, punissant ses refus,

Réunisse avec moi Martian et Lacus,

Et trompe heureusement les présages sinistres

De la division qu'il voit en ses ministres.

Ainsi des deux côtés on combattra pour toi.

Le plus heureux des chefs t'apportera sa foi.

Sans part à ses périls tu l'auras à sa gloire,

Et verras à tes pieds l'une et l'autre victoire.

PLAUTINE.

Quoi ! mon cœur, par vous-même à ce héros donné, Pourrait ne l'aimer plus s'il n'est point couronné? Et s'il faut qu'à Pison son mauvais sort nous livre, Pour ce même Pison je pourrois vouloir vivre?

VINIUS.

Si nos communs souhaits ont un contraire efiet. Tu te peux fedre encor l'effort que tu t'es fait, Et qui vient de donner Othon au diadème Pour régner à son tour peut se donner soi-même.

PLAUTINE.

Si pour le couronner j'ai fait un noble effort, Dois-je en faire un honteux pour jouir de sa mort ? Je me privois de lui sans me vendre à personne,

Et vous voulez, seigneur, que son trépas me donne,

Que mon cœur, entraîné par la splendeur du rang,

Vole après une main fumante de son sang,

Et que de ses malheurs triomphante et ravie

Je sois Finfame prix d'avoir tranché sa vie !

Non, seigneur: nous aurons même sort aujourd'hui;

Vous me verrez régner ou périr avec lui;

Ce n'est qu'à Tun des deux que tout ce cœur aspire.

VINIUS.

Que tu vois mal encor ce que c'est que l'empire ! Si deux jours seulement tu pouvois l'essayer^ Tu ne croirois jamais le pouvoir trop payer; Et tu verrois périr mille amants avec joie.

S'il falloit tout leur sang pour t'y faire une voie. Aime Othon, si tu peux t'en faire un sûr appui; Mais, s'il en est besoin, aime-toi plus que lui; Et sans t'inquiéter où fondra la tempête, Laisse aux dieux à leur choix écraser une tête. Prends le sceptre aux dépens de qui succombera,. Et régne sans scrupule avec qui régnera.

PLAUTINE.

Que votre politique a d'étranges maximes !

Mon amour, s'il l'osoit, y trouveroit des crimes. Je sais aimer, seigneur, je sais garder ma foi, Je sais pour un amant faire ce que je doi, Je sais à son bonheur m'offrir en sacrifice, Et je saurai mourir si je vois qu'il périsse : Mais je ne sais point l'art de forcer ma douleur 4 pouvoir recueillir les fruits de son malheur.

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