SCÈNE IV
CAMILLE, PLAUTINE, ALBIANE.
CAMILLE
Agrérez-vous, madame, un fidèle service
Dont je viens faire hommage à mon impératrice?
PLAUTINE.
Je crois n'avoir pas droit de vous en empêcher;
' Ces petites picoteries de deux femmes, ces ironies, ces bravades continuelles , qui ne produisent rien du tout , seraient mauvaises quand même elles produiraient quelque chose. Ces petites Scènes de remplissage sont fréquentes dans les dernières piéces^ de Corneille. Jamais Racine nest tombé dans ce défaut; et quand il fait parler Hermione à Andromaque , Iphigénie à Eryphile , Roxane à Atalide, il n'emploie point ces' froides ironies, ces petits reproches comiques, ce ton bourgeois, ces expressions de la conversation la phis familière ; il fait parler ces fenunes avec noblesse et avec sentiment; il touche le cœur, il arrache même quelquefois des larmes : mais que Corneille est loin d*en faire répandre !
346 OTHON
Mais ce n'est pas ici qu'il vous la faut chercher.
CAMILLE
Lorsque Galba vous donne à Pison pour épouse....
PLAUTINE.
Il n'est pas encor temps de vous en voir jalouse.
CAMILLE
Si j aimois toutefois ou Fempire ou Pison, Je pourrois déjà Tétre avec quelque raison.
PLAUTINE.
Et si j 'aimois, madame, ou Pison ou Fempire, J'aurois quelque raison de ne m'en pas dédire. Mais votre exemple apprend aux cœurs comme le mien Qu'un généreux mépris quelquefois leur sied bien.
CAMILLE
Quoi ! l'empire et Pison n'ont rien pour vous d'aimable!
PLAUTINE.
Ce que vous dédaignez je le tiens méprisable;
Ce qui plaît à vos yeux aux miens semble aussi doux:
Tant je trouve de gloire à me régler sur vous !
CAMILLE
Donc si j'aimois Othon....
PLAUTINE.
Je l'aimerois de même, Si ma main avec moi donnoit le diadème.
CAMILLE
Ne peut-on sans le trône être digne de lui?
Je m'en rapporte à vous qu'il aime d'aujourd'hui.
CAMILLE
Vous pouvez mieux qu'une autre en dire des nouvelles