‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 218 sur 278 · ACTE I, SCÈNE If. SgS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE If. SgS

Je ne me doive mal défendre.

Je sais bien que j'ai tort, j'avoue et hautement

Que ma froideur doit vous déplaire ; Mais en cette froideur un heureux changement

Pourroit-il fort vous satisfaire?

En doutez-vous, madame, et peut-on concevoir?....

AGLATIDE.

Je vous entends, seigneur, et vois ce qu'il faut voir : Un aveu plus précis est d'une conséquence

Qui pourroit vous embarrasser; Et même à notre sexe il est de bienséance

De ne pas trop vous en presser.

A Lysander mon père il vous plut de promettre D'unir par notre hymen votre sang et le sien ; La raison, à peii près, seigneur, je la pénétre. Bien qu'aux raisons d'état je ne connoisse rien. Vous ne m'aviez point vue, et facile ou cruelle,

Petite ou grande, laide ou belle.

Qu'à votre humeur ou non je pusse m'aocorder, La chose étoit égale à votre ardeur nouvelle. Pourvu que vous fussiez gendre de Lysander.

Ma sœur vous auroit plu s'il vous l'eût proposée; J'eusse agréé Cotys s'il me l'eût proposé :

Vous trouvâtes tous deux la politique aisée; Nous crûmes toutes deux notre devoir aisé.

Comme à traiter cette alliance Les tendresses des cœurs n'eurent aucune part. Le vôtre avec le mien a peu d'intelligence.

Et l'amour en tous deux pourra naître un peu tard.

394 AGÉSILAS

Quand il faudra que je vous aime, Que je Taurai promis à la face des dieux,

Vous deviendrez cher à mes yeux ;

£t j'espère de vous le même :

Jusque-là votre amour assez mal se fait voir : Celui que je vous garde encor plus mal s'explique; Vous attendez le temps de votre politique ,

Et moi celui de mon devoir.

Voilà, seigneur, quel est mon crime, Vous m'en vouliez convaincre, il n'en est plus besoin; J'en ai £ait comme vous ma sœur juge et témoin : Que ma froideur lui semble injuste ou légitime, La raison que vous peut en faire sa bonté

Je consens qu'elle vous la fasse; Et pour vous en laisser tous deux en liberté,

Je veux bien lui quitter la place.

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