ACTE V, SCÈNE VI
N'exigez rien de plus d'un père.
Il a tenu toujours vos ordres à bonheur;
Mais rendez-lui cette justice De souffrir qu il emporte au tombeau cet honneur, Qui fait Tunique prix de trente ans de service.
AGÉSILAS
Oui, vous Ty porterez, et du moins de ma part
Ce précieux honneur ne court aucun hasard.
On a votre parole , et j'ai donné la mienne ;
Et, pour faire aujourd'hui que l'une et l'autre tienne,
Il faut vaincre un amour qui m'étoit aussi doux
Que votre gloire l'est pour vous, Un amour dont l'espoir ne voyoit plus d'obstacle. Mais enfin il est beau de triompher de soi.
Et de s'accorder ce miracle.
Quand on peut hautement donner à tous la loi*. Et que le juste soin de combler notre gloire Demande notre cœur pour dernière victoire.
Un roi né pour l'éclat d,es grandes actions
Dompte jusqu'à ses passions.
Et ne se croit point roi, s'il ne fait sur lui-même Le plus illustre essai de son pouvoir suprême.
* Voilà les vers qu'applaudissait sur-tout le P. Tournemine , détracteur de Racine et de Boileau , et dans lesquels il prétendait qu'on retrouvait le grand Corneille. Il faut Favouer, le génie de Corneille parait quelquefois Tavoir abandonné; et Théodore, Per^ tharitey Œdipe y Agésilas, Titc et Bérénice, sont les ouvrages où Ton n'en retrouve que de bien faibles traces : mais Voltaire en a rabaissé beaucoup d'autres auxquels on pourrait appliquer ce que Longin disait du sommeil d'Homère : « Ses rêves même ont quelque « chose de divin; ce sont les rêves de Jupiter. » P.
474 AGÉSILAS
(à Xénoctès,) Allez (lire à Cotys que Mandane est à lui; Que si mes feux aux siens ne Font pas accordée. Pour venger son amour de ce moment d'ennui.
Je veux la lui céder conune il me Ta cédée.
Oyez de plus.
{Il parle bas à Xénoctès qui sort. )