‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 275 sur 278 · ACTE V, SCÈNJE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNJE VII

A Téphore Arsidas, au sénateur Cratès?

Je vous défère assez pour n'en vouloir rien lire.

Avec moi n appréhendez rien, Tout est encor fermé. Voyez.

LTSANDER.

Je suis coupable 9 Parcequ'on me trahit, que Ion vous sert trop bien, Et que, par un effort de prudence admirable, Vous avez su prévoir de quoi seroit capable.

Après tant de mépris, un cœur comme le mien.

Ce dessein toutefois ne passera pour crime

Que parcequ'il est sans effet ;

Et ce qu'on va nommer forfait N a rien qu'un plein succès n eût rendu légitime. Tout devient glorieux pour qui peut l'obtenir.

Et qui le manque est à punir.

AGÉSILAS

Non, non ; j'aurois plus fait peut-être en votre place.

Il est naturel aux grands cœurs De sentir vivement de pareilles rigueurs ; Et vous m'offenseriez de douter de ma grâce.

ConmDie roi, je la donne, et comme ami discret,

Je vous assure du secret.

Je remets en vos mains tout ce qui vous peut nuire. Vous m'avez trop servi pour m'en trouver ingrat; Et d'un trop grand soutien je priverois l'état Pour des ressentiments où j'ai su vous réduire. Ma puissance établie et mes droits conservés Ne me laissent point d'yeux pour voir votre entreprise. Dites-moi seulement avec même franchise.

476 AGÉSILAS

Vous dois-je encor bien plus que vous ne me devez?

LTSANDER.

Avez-vous pu, seigneur, me devoir quelque chose? Qui sert le mieux son roi ne fait que son devoir. En vous de tout Tétat j'ai défendu la cause Quand je l'ai fait tomber dessous votre pouvoir. Le zélé est tout de feu quand ce grand devoir presse; Et, comme à le moins suivre on s'en acquitte mal, Le mien vous servit moins qu'il ne servit la Grèce, Quand j'en sus ménager les cœurs avec adresse

Pour vous en faire général.

Je vous dois cependant et la vie et ma gloire ;

Et lorsqu'un dessein malheureux Peut me coûter le jour et souiller ma mémoire, La magnanimité de ce cœur généreux....

AGÉSILAS

Reprochez-moi plutôt toutes mes injustices, Que de plus ravaler de si rares services.

Elles ont fait le crime, et j'en tire ce bien. Que j'ai pu m'acquitter, et ne vous dois plus rien.

A présent que la gratitude Ne peut passer pour dette en qui s'est acquitté, Vos services, payés d'un traitement si rude, Vont recevoir de moi ce qu'ils ont mérité.

S'ils ont su conserver un trône en ma famille, J'y veux par mon hymen faire seoir votre fille. C'est ainsi qu'avec vous je puis le partager.

LYSANDER

Seigneur, à ces bontés que je n'osois attendre. Que puis-je....

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