‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 45 sur 278 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

6uis-je enoMre à 1 époux à qui Fou m'a doonée? Suis-je à Sertorius? C'est assez consulté ; Bendez-moi mes liens, ou pleine liberté....

POMPÉE

Je le vois bien, madame, il faut rompre la trêve, Pour briser en vainqueur cet hymen, s'il s'achève ; Et vous siivez si peu l'art de vous secQurir, Que, pour vous en instruire, U faut vous conquérir.

ARISTIE

Sertorius sait vaincre et garder ses conquêtes.

POMPÉi:.

La vôtre à la garder coûtera bien des têtes ■ ; Gomme dUe fermera la porte à, tout «accord.

Rien ne la peut jamais assurer qu^ ma moft... Oui, j'en jure les dieux, s'il fayt qu'il vous obtienne, Rien ne peut empêcher sa perte que la mienne; Et peut-être tous deux, l'un par l'autre percés, Nous vous ferons connoitre à quoi vous nous fprç^^-

ARISTIS.

Je ne suis pas, seigneur, d'une telle importaDaç. D'autres soins éteindront cette ardeur ^e veug^^cç; Ceux de voua agrandir vous porterpnt ailleurs, Où vous pourrez trouver quelques destins meilleurs; Ceux de servir Sylla, d'aimer son Emilie, D'imprimer du respect à toute l'Italie, De rendre à votre Rome un jour sa liberté,

' La vôtre y etc. , est an vers de Nicomède, qui esjtbiep pli|S à fa place dam Nicomède qu^ici, parcequ^il si^ mieux à Kicom^e de braver son frère , qu'à Pompée de brayer sa femme.

loo SERTORIUS.

Sauront tourner vos pas de quelque autre côté. Sur-tout ce privilège acquis aux grandes âmes. De changer à leur gré de maris et de femmes, Mérite qu'on Tétale aux bouts de Tunivers, Pour en donner l'exemple à cent climats divers.

POMPÉE

Ah! c'en est trop, madame, et de nouveau je jure '..»

ARISTIE

Seigneur, les vérités font-elles quelque injure?

POMPÉE

Vous oubliez trop tôt que je suis votre époux.

ARISTIE

Ah ! si ce nom vous plaît , je suis encore à vous. Voilà ma main, seigneur.

POMPÉE

Gardez-la-moi, madame.

ARISTIE

Tandis que vous avez à Rome une autre femme?

Que par un autre hymen vous me déshonorez?

Me punissent les dieux que vous avez jurés.

Si, passé ce moment, et hors de votre vue.

Je vous garde une foi que vous avez rompue î»!

POMPÉE

Qu'allez-vous faire? hélas !

' Ce vers fait bien connaître à quel point cette scène de politique amoureuse était difficile à faire. Quand on répète ce qu'on a déjà dit, c'est une preuve qu'on n'a rien à dire.

* n faudrait au moins qu'elle fût sûre d'épouser Sertorius pour parler ainsi.

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