‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 125 sur 248 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

L'oLivi^jtLiii? iIli lliLiilic pu'^ciilf ilc fimiL aux yciu îles spectaleurs uiic vasie montagne, rfoni les sommets ini^gaus , s'êlevant les uns sui' les autres, portent le fattc jusque <l3ns les nues. Le picJ de celle montagne csl pcreé à jour par une gi-otle pi'ofondc qui laisse voli' ta mei- en dloifpnemenl. Les deujt fbtéi du llit'ùtrc sont (ictupés par une l'orot d'ailircs touffus et onfielaci's les uns dans les autres. Sia' nu des sommits Je la montaf^e paroîl Mclponiine, la muse de la ii'agÉclie; et à l'opposite, dans le del, on voit le Soleil s'avancer dans un cliar ttml lumiiirtix , lire par les cjuatrc chevaux qu'Ovide lui donne.

LE SDLKIL, MELl'OMI'M', cmoki;!! dk itupli;.

Arrête un pou ta cuiiise iiupétiieuso; Mon théâtre, Soleil, mrritt! !)ioa tes yetix'; Tu n en vis j-iuiais eu ces lieux La poiupe plus 11111] es tue use :

' Je ne ferai pniiil de reni.nruncs di-laillies ^iii' ce llinilre i/KÎ Dirrite les jreiix iluSiiIeil. au lien de ses regards, iii sur le/miii qui' le Soleil lient h ses etwvaux; mais je remarquerai que ee u'eat pas

26o ANDROMÈDE.

J ai réuni, pour la faire admirer, Tout ce qu'ont de plus beau la France et Tltalie;

De tous Içurs arts mes sœurs Font embellie :

Prête-moi tes rayons pour la mieux éclairer.

Daigne à tant de beautés, par ta propre lumière, Donner un parfait agrément, Et rends cette merveille entière En lui servant toi-même d'ornement.

LE SOLEIL

Charmante muse de la scène.

Chère et divine Melpoméne, Tu sais de mon destin l'inviolable loi;

Je donne l'ame à toutes choses.

Je fais agir toutes les causes; Mais quand je puis le plus je suis le moins à moi;

Par une puissance plus forte

Le char que je conduis m'emporte :

Chaque jour sans repos doit et naître et mourir. J'en suis esclave alors que j'y préside;

Quinault qui consacra le premier ses prologues à la louange à» Louis XrV;il ne lui donna même jamais de louanges aussi outrées dans le cours de ses conquêtes que Corneille lui en donne icL II n'est guère permis de dire à un prince qui n'a eu encore aucune occasion de se signaler, qu'il est le plus grand des rois. Alexandre, Gësar et Pompée attachés au char de Louis XIV avant qu'il ait pu rien faire, révoltent un peu le lecteur.

Je lui montre Pompée , Alexandre , César, Mais comme des héros attachés à son char.

C'est cet endroit que Boileau voulait noter quand il dit à Louis XIV:

Ce n'est pas qu'aisément , comme un autre , h ton char Je ne pusse attacher Alexandre et César.

l'IiOLOOUE. a

Kl ce frein que je tiens aux chevaux que je guide He régie que leur roule, et les laisse courir.

MËLPOMÉNE.

Ija naissance d'Hercule et le festin d'Atrée

T'ont fait i-oinpre ces lois; Et tu peux faire encor ce qu'on t'a vu deux fuis

Faire on même contrée.

Je dis plus, tu le dois en faveur du spectacle Qu'au monarque des lis je prépare aujouid'hui ; Le ciel n'a fait que miracles en lui, Lui voudrois-tu refuser un miracle?

LE SOLEIL

Non, mais je le réservai ces bienheureux jours Qu'ennohhra sa première victoire; Alors j'arrêterai mou cours i'our être plus long-temps le témoin de sa gloire. Prends cependant le soin de le bien divertir, Pour lui faire avec joie attendre les années Qui feront éclater les belles destinées Des peuples que son bras lui doit assujettii'. Calliope ta sœur, déjà d'un oeil avide Cherche d;ms l'avenir les faits de ce grand roi, Dont les hautes vertus lui donneront emploi Pour plus d'une Iliade et plus d'tine Enéide.

MELPOMÉNE.

Que je porte d'envie à cette illustro sœur, Quoique j'aie à craindre pour elle

Que sous ce grand fardeau sa force ne chancelle!

Mais, quel qu'en soit enlîu le mérite et l'honneur j J'aurai du moins cet avantage

:i62 ANDROMÈDE.

Que déjà je le vois , que déjà je lui plais ,

Et que de ses vertus, et que de ses hauts faits

Déjà dans ses pareils je lui trace une image.

Je lui montre Pompée, Alexandre, César,

Mais comme des héros attachés à son char;

Et tout ce haut éclat où je les fais paroître

Lui peint plus qu'ils n étoient , et moins qu'il ne doit être

LE SOLEIL

Il en effacera les plus glorieux noms Dès qu'il pourra lui-même animer son armée; Et tout ce que d'eux tous a dit la renommée Te fera voir en lui le plus grand des Bourbons. Son père et son aïeul tout rayonnants de gloire, Ces grands rois qu'en tous lieux a suivis la Victoire, Lui voyant emporter sur eux le premier rang.

En deviendroient jaloux s'il n'étoit pas leur sang. Mais vole dans mon char, muse; je veux t'apprendre Tout l'avenir d'un roi qui t'est si précieux.

MELPOMÉNK.

Je sais déjà ce qu'on doit en attendre.

Et je lis chaque jour son destin dans les cieux.

LE SOLEIL

Viens donc, viens avec moi faire le tour du monde;

Qu'imissant ensemble nos voix.

Nous fassions résonner sur la terre et sur l'onde Qu'il est et le plus jeune et le plus grand des rois.

MELPOMÉNE.

Soleil, j'y vole; attends-moi donc de /jrace.

LE SOLEIL

Viens, je t'attends, et te fais place.

KLTOMÉNE voie dans le char ilu Sulcil , ci y ayant pris place auprès de lui, iU unissent leurs voix, et chantent cet air à la louange du roi. Le deinicr vers de clinquc coupicl est répété par k chœur de la musique, Cieux, écoutez, écoutez, mers profondes;

Et vous, antres et Lois, Affreux déserts, rochers battus des ondes, .édites après nous d'une commune voix :

iOuis est le plus jeune et le plus grand des rois.

La majesté qui déjà 1 euvirounc Charme tous ses François ' ;

Il est lui seul digne de sa couronne; '^t quand même le ciel l'auroit mise à leur choix , Iseroitle plus jeune et le plus grand des rois'.

C'est à vos soins, renie, qu'on doit la gloire

' On jirononçail alors, Fiançoii, Aiigliiis, ce qui clail très dui iToreille, On dit aujourd'hui .^n^aû et Franraû: mais les impri-

oeurs ne se sont pits eqcDrç dtfaiu d« ridicule usage d' imprime i ivec un oce qu'on prononce avec un a: les Italiens ont eu plus di; ;dûi et de hardiesse; ils ont supprimé toutes les lettres qu'ils ni.'

' Racine a heureusement iinilé tel endroit dans sa Bérénice •

Qu'ea quelque ubscurm; ijuc le citl l'eut fait naiirc.

Le moade en k vuyaDi ciït reconnu son maîlrL'? C'est là qu'on voit l'homnie de goût et l'écrivain aussi délicat lu'éiégant ; il fait parler Bcréotce de son amant; ce n'est point une 'uuanee vague , le senlinient seul agit, l'éloge part du cœur. Quelk prodigieuse différence entre tes vers eharniaun cl ce relrtiu /' "ife plus jeune-el le plus •iranti dcsrah:

a64 ANDROMÈDE.

De tant de grands exploits; Us sont par-tout suivis de la victoire; Et Tordre merveilleux dont vous donnez ses lois Le rend et le plus jeune et le plus grand des rois.

LE SOLEIL

Voilà ce que je dis sans cesse

Dans tout mon large tour.

Mais c'est trop retarder le jour; Allons, muse, l'heure me presse.

Et ma rapidité Doit regagner le temps que sur cette province

Pour contempler ce prince

Je me suis arrêté.

( Le Soleil part avec rapidité, et enlève Melpomëne avec loi dans son char, pour aller publier ensemble la même chose au reste • de l'univers. )

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