‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 178 sur 248 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

r>ODt ce vaillant gHenier a conservé mes jours ; Je veux fermer les yeux sur toute cette gloire, Oublier mon péril , oublier sa victoire , Et, quel qu'en soit enfin le mérite ou l'éclat, Ne juger entre vous que depuis le combat.

Voyez ce qu'il a fait, lorsque après ces alarmes, Me voyant tout acquise au bonheur de ses armes. Ayant pour lui les dieux, ayant pour lui le roi. Dans sa victoire même il s'est vaincu pour moi, Il m'a sacrifié tout ce haut avantage; De toute sa conquête il m'a fait un hommage; Il m'en a fait un don; et fort de tant de voix, Au péril de tout perdre, il met tout à mon choix; il veut tenir pour grâce un si juste salaire; Il réduit son bonheur à ne me point déplaire; Préférant mes refus, préférant son trépas, A l'effet de ses vœux qui ne me plairoit pas.

En usez-vous de même? et votre violence Garde-t-elle pour moi la même déférence?

Vous avez contre vous et les dieux et le roi, Et vous voulez encor m'obtenir malgré moi ! Sous ombre d'une foi qui se tient en réserve Je dois à votre amour ce qu'un autre conserve; A moins que d'être ingrate à mon libérateur, A moins que d'adorer un lâche adorateur.

Que d'être à mes parents, aux dieux même rebelle, Vous crierez après moi sans cesse, A Tinfidéle !

C'étoit aux yeux du monstre, au pied de ce rocher, Que l'effet de ma foi se devait rechercher; Mon ame, encor pour vous de même ardeur pressée,

Vous eût tendu la main au mépris de Persée, Et cru plus glorieux qu'on m'eût vue aujourd'hui Expirer avec vous que régner avec lui.

Mais, puisque vous m'avez envié cette joie, Cessez de m'envier ce que le ciel m'envoie; Et souffrez que je tâche enfin à mériter Au refus de Phinée, un fils de Jupiter.

PHINÉE

Je perds donc temps, madame, et votre ame obstinée

N'a plus amour, ni foi, ni pitié pour Phinée?

Un peu de vanité qui flatte vos parents,

Et d'un rival adroit les respects apparents,

Font plus en un moment, avec leurs artifices,

Que n'ont fait en six ans ma flamme et mes services?

Je ne vous dirai point que de pareils respects

A tout autre que vous pourroient être suspects.

Que qui peut se priver de la personne aimée

N'a qu'une ardeur civile et fort mal allumée.

Que dans ma ^dolence on doit voir plus d'amour:

C'est un présent des cieux, faites-lui votre cour;

Plus fidèle qu'à moi, tenez-lui mieux parole;

J'en vais rougir pour vous, cependant qu'il me vole^

Mais ce rival peut-être, après m'avoir volé.

Ne sera pas toujours sur ce cheval ailé.

Il n'en a pas besoin s'il n'a que vous à craindre.

PHINÉE

Il peut avec le temps être le plus à plaindre.

Il porte à son côté de quoi l'en garantir.

ACTK V, 8CENR II 3^3

l' Il I K t Ë.

Vous lattenilez ici, je vais leii avertir.

CASSIOPE

Son amour peut sans vous nous rendre cet office.

PHINËE.

Le mien s'efforcei-a pour ce dernier service. Vous pouvez cependanl: divertir vos esprits A rendre compte au roi de vos justes mépris.

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