EXAMEN D'ANDROMÈDE
Le sujet de cette pièce est si connu par ce qu'en dit Ovide aux quatrième et cinquième livres de ses Métamorphoses, qull n'est point besoin d'en importuner le lecteur. Je me contenterai de lui rendre compte de ce que j'y ai changé , tant par la liberté de Tart , que par la nécessité de l'ordre du théâtre , et pour donner plus d'éclat à sa représentation.
En premier lieu , j'ai cru plus à propos de faire Cassiope vaine de la beauté de sa fille que de la sienne propre, d'autant qu'il est fort extraordinaire qu'une femme dont la fille est en âge d'être mariée ait encore d'assez beaux restes pour s en vanter si hautement, et qu'il n'est pas vraisemblable que cet orgueil de
' Cet examen est un peu long pour un ouvrage dont le principal mérite est de prouver que Corneille n'a pas été seulement le fondateur de la tragédie et de la comédie, mais qu'il a ouvert le premier la carrière de l'opéra, et que son génie dramatique l'appelait, sinon à perfectionner, du moins à créer tous les genres. Cette fécondité en matière de création est véritablement un de ses plus beaux titres de gloire , et ce qu'on ne doit jamais perdre de vue , si Ton veut àla-fois se faire une idée juste, et donner la mesure exacte de son génie. Il avait plus de soixante-quatre ans lorsqu'à l'invitation de Molière , il fit , dans la comédie-ballet de Psyché^ représentée à Versailles, ces vers charmants que tout le monde a retenus, et où l'Amour parait si séduisant en convenant qu'il est jaloux :
Je le suis, ma Psyché , dv loulc lu nature , etc. P-
EXAMEN D'ANDllOMÈDE. 355
(ïassiope pour elle-même eût attendu si tard à éciaier, vu que c'est dans la jetmesse que la beauté est plus parfaite, et que le jugement étant moins t'ormii donne plus de lieu à des vanités de cette nature , et non pas alors que cette même beauté commence d'être sur le retour, et que l'âge a mûri l'esprit de la personne qui s'en seroit enorgueillie en un autre temps.
Ensuite , j'ai supposé que l'oracle d'Ammon n'avoit pas condamné précisément Andromède à être dévorée par le monstre , mais qu'il avoit ordonne seulement qu'on lui exposât tous les mois une fille, qu'on jetât le sort pour voir celle qui lui devoit être livrée; et que, cet ordre ayant déjà été exécuté cinq fois, on étott au jour qu'il le falloit suivre pour la sixième, qui parla devient un jour illustre , remarquable et attendu , non seulement par tous les acteurs de la trajjédie, mais pai tous les sujets d'un roi.
J'aiintroduitPersée comme un chevalier errant qui s'est arrêté depuis un mois dans la cour de Céphée, et non pascomme se rencontrantpar hasard dans Ib temps qu'Andromède est attachée au rocber. Je lui ai donné de l'amour pour elle, qu'il n'ose découvrir, partequ'il la voit promise à Pbinée, mais qu'il nourrit toutefois d'un peu d'espoir, parcequ'il voit son mariage différé jusqu'à la fin des malheurs pubbcs. Je l'ai fait plus généretixqu'il n'est dans Ovide, où il n'entreprend la délivrance de celte princesse qu'après que ses parents l'on! assuré qu elle l'épouseroit sitôt qu'il l'auroit délivrée. J'ai changé aussi la qualité de Pbinée, que j'ai fait seulement neveu du mi , dont Ovide k- riomnii; frère, le mariage du di.'UK cousin- iih- 'unilihiiil pl'i-
supportable daus nos façons de vivre , que celui de Foncle et de la nièce, qui eût paru un peu plus étrange à mes auditeurs.
Les peintres , qui cherchent à faire voir leur art dans les nudités , ne manquent jamais à nous représenter Andromède nue au pied du rocher où elle est attachée, quoique Ovide n'en parle point. Ils me pardonneront si je lie les ai pas suivis en cette invention, comme j'ai fait en celle du cheval Pégase, sur lequel ils montent Persée pour combattre le monstre, quoique Ovide ne lui donne que des ailes aux talons. Ce chang^ement donne lieu à une machine tout extraordinaire et merveilleuse, et empêche que Persée ne soit pris pour Metcure ; outre qu'ils ne le mettent pas en cet équipage sans fondement, vu que le même Ovide raconte que sitôt que Persée eut coupé la monstrueuse tête de Méduse, Pégase tout ailé sortit de cette Gorgone, et que Persée s'en put saisir dès-lors pour faire ses courses par le milieu de l'air.
Nos globes célestes où Ton marque pour constellations Céphée, Cassiope, Persée, et Andromède, m'ont donné jour à les faire enlever tous quatre au ciel sur la fin de la pièce, pour y faire les noces de ces amants , comme si la terre n'en étoit pas digne.
Au reste, comme Ovide ne nomme point la ville où il fait arriver cette aventure, je ne me suis point non plus enhardi à la nommer. Il dit pour toute chose que Céphée régnoit en Ethiopie: sans désigner sous quel climat. La topographie moderne de ces contrées-là n'est pas fort connue, et celle du temps de Céphée encore moins. Je me contenterai donc de vous dire
DANDROMÉDi:. 35?
qu'il ialluit qiit; C«)iliée régnât en quelque pay» niaritime , et que sa ville capitale fût sur lebord dt: la mer. Je sais bien qu'au rapport de Pline, les babitants de Joppé, qu'on nomme aujourd'hui Jaffia dans la Palestine, ont prétendu que cette histoire s'étoit passée chez eux : ils envoyèrent à Rome des os de poissou d'une grandeur extraordinaire, qu'ils diaoient être du monstre à qui Andromède avoit été exposée. Ils raontroient un rocher proche de leur ville où ils assuroient qu'elle avoit été attachée; et encore maintenant ils se vantentde ces marques d'antiquités ànos pèlerins qui vont en Jérusalem, et prennent terre en leur port. Il se peut faire que cela parte d'une affectation autrefois assez ordinaire aux peuples du paganisme, qui s'altribuoient à haute gloire d'avoir rhez eux ces vestiges de la vieille fable, que l'erreur commune y faisoit passer pour histoire. Ils se croyoient par là bien fondés à se donner cette prérogative d'être d'une origine plus an cienneqncleurs voisins, et prenoienlavidementioutfi sortes d'occasions de satisfaire à celte ambition. Ainsi il n'a fallu que la rencontre par hasard de ces os monstrueux que la mer avoit jetés sur leurs rivages, pour leur donner lieu de s'emparer de cette fiction, et de ]dacer la scène de cette aventure au pied de leurs rochers. Pour moi , je me suis attaché à Ovide qui lu fait arriver en Ethiopie , où il met le royaume de Céphéc par ces vers :
jEthiopum pnpulos, Ccplieiaque conspieit nrva ; Illic immeritam malcrna: pciideri: liiigua:
Andromedam panas, etc.
Il se pouvoir fiiiri' que Céphéc ci'it ronf|iiis rcid
ville de Joppo , et la Syrie même où elle est située. Pline rassure au vingt-neuvième chapitre du sixième livre, par cette raison que Thistoire d^Androméde s^ 6st passée, jV.thiopiam imperitasse Syriœ Cepheiregis œtate patet Andromedœfabulis, Mais ceux qui voudront contester cette opinion peuvent répondre que ce n^est que prouver une erreur par une autre erreur, et édaircir une chose douteuse par une encore plus incertaine. Quoiqu'il en soit, celle d'Ovide ne peut subsister avec celle-là; et, quelque bons yeux qu'eât Persée, il est impossible qu'il découvrît d'une seule vue l'Ethiopie et Joppé; ce qu'il auroit dâ faire, si ce qu'entend ce poëte par Cepheia arva n'étoit autre chose que son teriritoire.
Le même Ovide dans quelqu'une de ses épttres ne fait pas Andromède blanche, mais basanée,
Andromède patriœfusca colore suce.
Néanmoins, dans la métamorphose, il nous en donne une autre idée à former, lorsqu'il dit que , n'eût été ses cheveux qui voltigeoient au gré du vent, et les larmes qui lui couloient des yeux, Persée Feût prise pour une statue de marbre :
Marmoreum jratus esset opus.
Ce qui semble ne se pouvoir entendre que du marbre blanc, étant assez inouï que Ton compare la beauté d'une fille à une autre sorte de marbre. D'ailleurs , pour la préférer à celle des Néréides que jamais on n a fait noires , il falloit que son teint eût quelque rapport avec le leur, et que par conséquent elle n'eût pas celui que communément nous donnons aux Éthiopiens. Disons
DANDROMÉDK. 359
tlODC qu'uUc ùtoit blanche, puisqu'ù moins de cela il ii'auroit pas été vraisemblable que Persée, qui étoit né dans la Grèce, fût devenu amoureux d'elle. Nous aurons de ce parti le consentement de tous les peintres, et l'autorité dn grand Héliodorc, qui n'a fondé la blancbeur de sa Chariclée que sur un tableau d'Andromède, Pline, au huitième chapitre de son cinquième livre, fait mention de certains peuples d'Afrique qu'il appelle Leuco-jEthiopes. Si l'on s arrête à Tétymologie de leur nom, ces peuples dévoient être blancs , et nous en pouvons faire les sujets de Céphée, pour donner à cette tragédie toutelajustesscdont ellea besoin touchant la couleur des personnages qu'elle introduit sur la scène.
Vous y trouverez cet ordre gardé dans les changements de théâtre, que chaque acte aussi bien que le prologue a sa décoration particulière , et du moins une machine volante, avec un concert de musique que jii n'ai employé qu'à satisfaire les oreilles des spectateurs, tandis que leurs yeux soiitarrôtés à voir descendre ou remonter une machine, ou s'attachent à quelque chose qui lesempêchede prêter attention à ce que pourroieni dire les acteurs, comme fait le combat de Persée contre le monstre. Maisje me suis bien gardé de faire rien chanter qui fût nécessaire à rintelligencc de la pièce, parceque communément les paroles qui se chantent étant mal entendues des auditeurs, pour la confusioii qu'y apporte la diversité des voix qui les prononcent ensemble, elles auroient fait une grande obscurité dans le corps de l'ouvrage , si elles avoient eu h les instruire de quelque rhost qui h'it iniportrini
36o EXAMEN
Il n'en va pas de même des machines ,« qui ne sont pas dans cette tragédie comme des agréments détachés; elles en font en quelque sorte le nee^d et le dénouement, et y sont si nécessaires, que vous n'en sauriez retrancher aucune, que vous ne feissiez tomber toutTédifice. ..
Les diverses décorations dont les pièces de cette, nar ture ont besoin, nous obligeant à placer les parties de Faction en divers lieux particuliers , nous forcent de pousser un peu au-delà de FordinaireFétendue du tien général qui les renferme ensemble, et en constitue IV nité. Il est malaisé qu'une ville y suffise : il y £Eiut ajcHH ter quelques dehors voisins, comme est ici le rivage de la mer. C'est la seule décoration que la fable m'a fournie; les quatre autres sont de pure invention. Il auroit été superflu de les spécifier dans lés vers, puisqu'elles sont présentes à la vue ; et je ne tiens pas ^'il soit besoin qu'elles soient si propres à ce (fai s'y passe, qu'il ne se soit pu passer ailleurs aussi commodément; il suffit qu'il n'y ait pas de raison pourquoi il se doive plutôt passer ailleurs qu^au lieu où il se passe. Par exemple , le premier acte est une place publique proche du temple, où se doit jeter le sort pour savoir quelle victime on doit ce jour-là livrer au monstre : tout ce qui s'y dit se diroit aussi bien dans un palais ou dans un jardin ; mais il se dit aussi bien dans cette place qu'en ce jardin, ou dans ce palais. Nous pouvons choisir un lieu selon le vraisemblable ou le nécessaire; et il suffit qu'il n'y ait aucune répugnance du côté de Faction au choix que nous en faisons pour le rendre vraisemblable^ puisque cette action ne nous présente pas toujours un
D'ANDROMÈDE. 36i
lieu nécessaire , comme est la mer et ses rochers au troisième acte, oùl'on voit TexpositioD d'Andromède, elle combat de Persée contre le monstre, qui ne pouvoir se faire ailleurs. 11 faut néanmoins prendre garde à choisir d'ordinaire un lieudécouvert, àcausedesap paritions des dieux qu'on introduit. Andromède, au second acte, seroit aussi bien dans son cabinet que dans le jardin, où je la fais s'entretenir avec ses nymphes et avec son amant; mais comment se feroit l'apparition d'Éole dans ce cabinet? et comment les vents l'en pourroient-ils enlever , à moins que de la faire passer par la chemini^e , comme nos sorciers? Par cette raison , il peut y avoir quelque chose à dire à celle de Junon, au quatrième acte, qui se passe dans ta salle du palais royal ; mais comme ce n'est qu'une apparition simple d'une déesse , qui peut se montrer et disparoîire où et quand il lui plaît , et ne fait que parler aux acteurs, rien n'empêche qu'elle ne se soit faite dans un lieu fermé. J'ajoute que quand il y auroit quelque contradiction de ce côté-là , la disposition de nos théâtres seroit cause qu'elle ne seroit pas sensible aux spectateurs. Bien qu'ils représentent en effet des lieux fermés, comme une chambre ou une salle, ils ne sont fermés par le haut que de nuages; et quand on voit descendre le char de Junon du milieu (ie ces nuages, qui ont été continuellement en vue, on ne fait pas une réflexion assez prompte ni assea sévère sur le lieu, qui devroit être fermé d'un lambris , pour y trouver quelque manque de justesse.
L'oracle de Vénus, au premier acte, est inventé uvec assez d'artifice pour porter les esprits dans un
sens contraire à sa vraie intelligence; mais il ne le faut pas prendre pour le vrai nœud de la pièce, autrement elle seroit achevée dès le troisième, où Ton en verroit le dénouement. L'action principale est le mariage de Persëe avec Andromède; son nœud consiste en Fobstacla qui s'y Irencontre du côté de Phinée, à qui elle est promise , et son dénouement en la mort de ce malheureux amant, après laquelle il n'y a plus d'obatade. Je puis dire toutefois à ceux qui voudront prendre absolument cet oracle de Vénus pour le nœud de cette tragédie , que le troisième acte n'en éclaircit que les premiers vers, et que les derniers ne se font entendre que par l'apparition de Jupiter et des autres dieux, qui termine la pièce.
La diversité de la mesure et de la croisure des vers que j'y aimêlés me donne occasion de tâcher à les justifier, et particulièrement les stances dout je me suis servi en beaucoup d'autres poëmes, et contre qui je vois quantité de gens d'esprit et savants au théâtre témoigner aversion. Leurs raisons sont diverses. Les uns ne les improuvent pas tout-à-fait, mais ils disent que c'est trop mendier Tacclamation populaire en feveur d'une antithèse, ou d'un trait spirituel qui ferme chacun de leurs couplets, et que cette affectation est une espèce de bassesse qui ravale trop la dignité de la tragédie. Je demeure d'accord que c'est quelque espèce de fard; mais puisqu'il embellit notre ouvrage, et nous aide à mieux atteindre le but de notre art, qui est de plaire , pourquoi devons-nous renoncer à cet avantage? Les anciens se servoient sans scrupule, et même dans les choses extérieures , de tout ce qui les y pouvoit
laire arriver ; Euripide vétoit ses héros malheureux d'habits déchirés , aBu «qu'ils fissent plus de pitié; et Aristophane fait commencer sa comédie des QrenouU~ /es par Xanthias monté siu- un âne , afin d'exciter plus aisément l'auditeur à rire. Cette objection n'est donc pas d'assez d'importance pour nous interdire l'usage d'une chose qui tout ù-la-fois nous donne de la gloire, et de la satisfaction à nos spectateurs.
Il est vrai qu'il faut leur plaire selon les régies; et c'est ce qui rend l'objection des autres plus considérable, en ce qu'ils veulenttrouver quelque chose d'irrégulier dans cette sorte de vers. Ils disent que bien qu'on parle en vers sur le théâtre, on est présumé ne parler qu'en prose; qu'il n'y a que cette sorte de vers que nous appelons alexandrins à qui l'usage laisse tenir nature de prose ; que les stances ne sauroient passer que pour vers ; et que par conséquent nous n'en pouvons mettre avec vraisemblance en la bouche d'un acteur , s'il n'a eu le loisir d'en faire , ou d'en faire faire par un autre, et de les apprendre par cœur.
J'avoue que les vers qu'on récite sur le théâtre sont présumés être prose : nous ne parlons pas d'ordinaire en vers, et sans cette fiction leur mesure et leur rime sortiroient du vraisemblable. Mais par quelle raison (leut-on dire que les vers alexandrins tiennent nature de prose, et que ceux des stances n'en peuvent faire autant? Si nous en croyons Aristote, U faut se servir au théâtre des vers qui sont les moins vers, et qui se mêlent au langage commun, sans y penser, plus souvent que les autres. C'est par cette raison que les poètes tragiques ont choisi rïainbiqne, phitûl que l'hesanic-
tre, qu'ils ont laissé aux épopées, parcequ'en pariant sans dessein d'en faire, il se mêle dans notre discours plus d'ïambiques que d^hexamétres. Par cette même raison les vers de stances sont moins vers que les alexandrins ^ parceque parmi notre langage commun il se coule plus de ces vers inégaux, les uns courts, les autres longs, avec des rimes croisées et éloignées les unes des autres, que de ceux dont la mesure est toujours égale , et les rimes toujours mariées. Si nous nous en rapportonsànos poètes grecs, ils ne se sont pas tellement arrêtés aux ïambiques, qu'ils ne se soient servis d'anapestiques, detrochaïques, etd^hexamétresmême, quand ils Font jugé àpropos. Sénéque en a £Edt autant qu'eux; et les Espagnols, ses compatriotes, changent aussi souvent de genre de vers que de scènes. Mais Fusage de France est autre, à ce qu'on prétend, et ne soufire que les alexandrins à tenir lieu de prose. Sur quoi je ne puis m'empêcher de demander qui sont les maîtres de cet usage , et qui peut l'établir sur le théâtre, que ceux qui l'ont occupé avec gloire depuis trente ans , dont pas un ne s'est défendu de mêler des stances dans quelques uns des poèmes qu'ils y ont donnés; je ne dis pas dans tous, car il ne s'en offre pas d'occasion en tous , et elles n'ont pas bonne grâce à exprimer tout: la colère, la fureur, la menace, et tels autres mouvements violents ne leur sont pas propres; mais les déplaisirs, les irrésolutions, les inquiétudes, les douces rêveries, et généralement tout ce qui peut souffrir à un acteur de prendre haleine, et de penser à ce qu'il doit dire ou résoudre, s'accommode merveilleusement avec leurs cadences inégales, et avec les pauses
DANDROMÈDE. 365
qu'elles font faire à la fin de chaque couplet. La surprise agréable que fait à l'oreille ce changement de cadence imprévu, rappelle puissamment les attentions égarées; mais il y faut éviter le trop d'affectation. C'est par là que les stances du Cid sont inexcusahles, et les mots de peine et Chimèite, qui font la dernière rime de chaque strophe, marquentun jeudu côtédupoëte, qui n'a rien de naturel du côté de l'acteur. Pour s'en «icarter moins, il seroit bon de ne régler point toutes les strophes sur la même mesure, ni sur les mêmes croisures de rîmes, ni sur le même nombre de vers. Leur inégalité en ces trois articles approcheruit davantage du discours ordinaire, et sentiroit l'emportement et les élans d'un esprit qui n'a que sa passion pour guide, et non pas la régularité d'un auteur qui les arrondit sur le même tour. J'y ai hasardé celles de la Paix dans le prologue de la Toison d'or, et tout le dialogue de celui de cette pièce, qui ne m'a pas mal réussi. Dans tout ce que je fais dire aux dieux dans les machines, on trouverais même ordre, ou le même désordre.Mais je ne pourroi s approuver qu'un acteur, touché fortement de ce qui lui vient d'arriver dans la tragédie, se donnât la patience de faire des stances, au prît soin d'en faire faire par un autre, et de les apprendre par cœur, pour exprimer son déplaisir devant les spectateurs. Ce sentiment étudié ne les tou cheroit pas beaucoup, parceque cette étude marqueroit un esprit tranquille , et un effort de mémoire plutôt qu'un effet de passion; outre que ce ne seroil plus le sentiment présent de la personne qui parleroît , mais tout au plus celui qu'elle iiuruil eu en compusani