‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 199 sur 248 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

D. ISABELLE, D. LÉONOR, D. ELVIRE, BLANCHE, D. LOPE, t». MA»RlQtJE,

D. ALVAR, Carlos.

t>. ISÂBEtLE.

Avànfqae de c^oiâir je demande un serment, Comtes, qa'on agrél*a mon choix aveugléitieùt ; Que les défux méprisés, et tous les trois peut-être, De ma main, quel qu'il soit, accepteront nn maître: Car enfiû je suis libre à disposer de moi; Le choix de mes états ne m'est point une loi : D'une troupe importUUe il m'a débarrassée, Et d'eux tous sur vous trois détourné ma pensée, Mais sans nécessité de l'arrétet* sur vous.

J'aime à savoir par là qu'on vous préfère à tous; Vous m'en êtes plus chers et plus considérables; J'y vois de vos vertus les preuves honorables; J'y vois la haute estime où sont vos grands exploits: Mais quoique mon dessein soit d'y borner mon choix. Le ciel en un moment quelquefois nous éclaire. Je veux, en le faisant, pouvoir ne pas le faire*, Et que vous avouiez que, pour devenir roi.

Quiconque me plaira n'a besoin que de moi.

' Quel vers! nous avons déjà dit qu on doit éviter ce moi faÏK autant qu'on le peut.

^CTE ï, SCÈNE III. 395

D. LOPE

C'est une autorité qui vous demeure eutièrej Votre état avec vous n'agit que par prière , Et ne vous a pour nous fait voir ses sentiments Que par obéissance à vos commandements.

Ce n est point ni son choix ni l'éclat de ma race ' Qui me font, grande reine, espérer cette grâce: Je l'attends de vous seule et de votre bonté, Comme on attend un bien qu'on n'a pas mérité, ËtdoDl, sans regarder service ni famille, Vous pouvez faire part au moindre deCastille^. C'est à nous d'obéir, et non d'en murmurer 1 Mais vous nous permettrez toutefois d'espérer Que vous ne ferez choir cette faveur insigne, Ce bonheur d'être à vous, que sur le moins indigne; Et que votre vertu vous fera trop savoir Qu'il n'est pas bon d'user de tout votre pouvoir. Voilà mon sentiment.

D, ISAUELLË.

Parlez, vous, don ManriquL\

D. MANRIQUE

Madame, puisqu'il faut qu'à vos yeux je m'explique, Quoique votre discours nous ait fait des leçons

' Ce n'est point e$t ici un sulécisnie ; M faut ee n'est ni son chois.

' Au moindre de Castilte est un barbarisme; il faut ait moindre guerrier, au. moindre gentilhomme de ta Castille. La plus grande faute est que cela n'est pas vr.iî ; elle ne peut cliaisir le moindre Sujet de la Cnslitic.

Capables d'ouvrir Famé à de justes soupçons, Je vous dirai pourtant, comme à ma souveraine, Que pour faire un vrai roi vous le fassiez en reine; Que vous laisser borner, c'est vous-même afïbiblir La dignité du rang qui le doit ennoblir; Et qu'à prendre pour loi le choix qu'on vous propose, Le roi que vous feriez vous devroit peu de chose. Puisqu'il tiendrait les noms de monarque et d'époux Du choix de vos états aussi bien que de vous.

Pour moi , qui vous aimai sans sceptre et sans couronne Qui n'ai jamais eu d'yeux que pour votre personne. Que même le feu roi daigna considérer Jusqu'à souffrir ma flamme et me faire espérer, J'oserai me promettre un sort assez propice De cet aveu d'un frère et quatre ans de service;- Et sur ce doux espoir dùssé-je me trahir.

Puisque vous le voulez , je jure d'obéir.

C'est comme il faut m'aimer. Et don Alvar de Lune?

D. ALVÂR.

Je ne vous ferai poinit de harangue importune. Choisissez hors des trois, tranchez absolument; Je jure d'obéir, madame, aveuglément.

D. ISABELLE

Sous les profonds respects de cette déférence Vous nous cachez peut-être un peu d'indifférence; '" Et, comme votre cœur n'est pas sans autre amour, Vous savez des deux parts faire bien votre cour.

D. ALVAR

Madame....

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