ACTE II, SCÈNE II. 4i
Vous pouvoit sur tous trois donner quelque avantage, On diroit que l'état, me cherchant un époux.
N'en auroit pu trouver de comparable à vous?
Ah! si je vous croyois si vain, si téméraire....
CARLOS
Madame, arrêtez là votre juste colère;
Je suis assez coupable, et n'ai que trop osé.
Sans choisir pour me perdre un crime supposé.
Je ne me défends point des sentiments d'estime Que vos moindres sujets auroient pour vous sans vrinu Lorsque je vois en vous les célestes accords Des grâces de l'esprit et des beautés du corps , Je puis, de tant d'attraits lame toute ravie. Sur riieur de votre époux jeter un œil d'envie; Je puis contre le ciel en secret murmurer De n'être pas né roi pour pouvoir espérer; Et, les yeux éblouis de cet éclat suprême.
Baisser soudain la vue, et rentrer en moi-même : Mais que je laisse aller d'ambitieux soupirs , Un ridicule espoir, de criminels désirs!....
Je vous aime, madame, et vous estime en reine; Et quand j'aurois des feux dignes de votre haine , Si votre ame, sensible à ces indignes feux.
Se pouvoit oublier jusqu'à souffrir mes vœux; Si, par quelque malheur que je ne puis comprendre, Du trône jusqu'à moi je la voyois descendre, Coratnençant aussitôt à vous moins estimer, Je cesserois sans doute aussi de vous aimer.
L'amour quej'ai pour vous est tout à votre gloire : Je ne vous prétends point pour fruit de ma victoire;
4i6 DON SANCHE.
Je combats vos amants, sans dessein d'acquérir Que rheur d'en faire voir le plus digne, et mourir; Et tiendrois mon destin assez digne d'envie, S'il le faisoit connoître aux dépens de ma vie. Seroit-ce à vos faveurs répondre pleinement Que hasarder ce choix à mon seul jugement?
Il vous doit un époux, à la Castille un maître : Je puis en mal juger, je puis les mal connoître. Je sais qu'ainsi que moi le démon des combats Peut donner au moins digne et vous et vos états; Mais du moins si le sort des armes journalières En laisse par ma mort de mauvaises lumières.
Elle m'en ôtera la honte et le regret; Et même, si votre ame en aime un en secret, Et que ce triste choix rencontre mal le vôtre , Je ne vous verrai point, entre les bras d'un autre, Reprocher à Carlos par de muets soupirs Qu'il est l'unique auteur de tous vos déplaisirs.
D. ISABELLE
Ne cherchez point d'excuse à douter de ma flamme, Marquis; je puis aimer, puisqu'enfin je suis femme; Mais, si j'aime, c'est mal me faire votre cour Qu'exposer au trépas l'objet de mon amour; Et toute votre ardeur se seroit modérée A m'avoir dans ce doute assez considérée :
Je le veux éclaircir, et vous mieux éclairer. Afin de vous apprendre à me considérer.
Je ne le cèle point, j'aime, Carlos, oui, j'aime; Mais l'amour de l'état, plus fort que de moi-même, Cherche, au lieu de l'objet le plus doux à mes yeux,