‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 229 sur 248 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Puisque par sa présence il faut que ce bruit meure, Dois-je être, en l'attendaDt, le fanlôme d'une heure? Ou si c'est une erreur qui lui promet ce roi, Souflrez-vous qu elle abuse et de vous et de moi?

D. LÉONOR

Quoi que vous présumiez de la voix populaire, Par de secrets rayons le ciel souvent lécliiire : Tous apprendrez par \ït du moins les vœux de tous. Et quelle opinion les peuples ont de vous.

D. LOPE

Prince, ne cachez plus ce que le ciel découvre;

Ne fermez pas nos yeux quand sa main nous les ouvre.

"Vous devez être las de nous faire faillir.

Nous ignorons quel fruit vous en vouliez cueillir.

Mais nous avions pour vous une estime assez haute

Pour nétre pas forcés à commettre une fautes

Et notre honneur, au vôtre en aveugle opposé ,

Méritoit par pitié d'être désabusé.

r^otre or^fiieii n'est pas tel, qu'il s'attbiclie aux persoaneâ,

Ou qu'il ose oublier ce qu'il doit aux couronnes;

Et s'il n'a pas eu d'yeux pour un roi déguise.

Si l'inconnu Carlos s'en est vu méprisé, '

Bous respectons don Sanche, et l'acceptons pour maître.

Sitôt qu'à notre reine il se fera connoitre :

£t sans doute son cœur nous en avouera bien.

Hâtez cette union de votre sceptre au sien.

Seigneur, et d'un soldat quittant la fausse image,

Recevez, comme roi, notre premier hommage.

CIRLOS.

Comtes , ces faux respects dont je me vois surpria

Sont plus injurieux encor que vos mépris.

Je pense avoir rendu mon nom assez illustre

Pour n avoir pas besoin qu'on lui donne un faux lustre.

Reprenez vos honneurs où je n'ai point de part.

J'imputois ce faux bruit aux fureurs du hasard,

Et doutois qu'il pût être une ame assez hardie

Pour ériger Carlos en roi de comédie :

Mais, puisque c'est un jeu de votre belle humeur.

Sachez que les vaillants honorent la valeur;

Et que tous vos pareils auroient quelque scrupule

A faire de la mienne un éclat ridicule.

Si c'est votre dessein d'en réjouir ces Ueux,

Quand vous m'aurez vaincu vous me raillerez mieux:

La raillerie est belle après une victoire;

On la fait avec grâce aussi bien qu'avec gloire.

Mais vous précipitez un peu trop ce dessein :

La bague de la reine est encore en ma main;

Et l'inconnu Carlos, sans nommer sa famille.

Vous sert encor d'obstacle au trône de Castille.

Ce bras , qui vous sauva de la captivité.

Peut s'oppoiser encore à votre avidité.

D. MANRIQUE

Pour n'être que Carlos, vous parlez bien en maître; Et tranchez bien du prince, en déniant de l'être. Si nous avons tantôt jusqu'au bout défendu L'honneur qu'à notre rang nous voyions être dû. Nous saurons bien encor jusqu'au bout le défendre; Mais ce que nous devons, nous aimons à le rendre.

Que vous soyez don Sanche, ou qu'un autre le soit, L'un et l'autre de nous lui rendra ce qu'il doit.

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