‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 95 sur 248 · EX II PÉ HE · texte numérisé non relu

EX II PÉ HE

Pouvez-vous en juger, puisque vous I ignorez?

[Considérez l'état de tous nos conjurés :

Il n'est aucun de nous à qui sa violence

N'ait donné trop de lieu d'une juste vengeance ' ;

Et nous en croyant tous dans notre ame indignés ,

Le tyran du palais nous a tous éloignés.

Il y falloit rentrer par quelque grand service.

LÉONTINE

Et tu crois m éblouir avec cet artifice:'

E-XIIPÈRE.

Madame, apprenez tout. Je n'ai rien hasaidé.

Vous savez de quel nombre il est toujours gaitié; Pouvions-nous le surprendre, ou forcer les cohortch Qui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes? Pouvions-nous mieux sans bruit nous approcher de hiii Vous voyez la posture oii j'y suis aujourd'hui^; Il me parle, il m'écoute, il me croit; et lui-même Se hvre entre mes mains, aide à mon stratagème. C'est par mes seuls conseils qu'il veut publiquement Du prince Héraclius faire le cbâtimeut,

' Cest un sol^iame; on iloniie lïcu à (/ue/ijiif t'iosc, ul iinii l'i' ijuelque chost; il clonne lieu !i iiicj sdii/uiini^ vl iicm ili' lu-s sim/ifoiiE. Quand on met uade, il tan( un vt'ilic; il m',i ilaiiiii' lu'n ■!<• Ukair; lieu BSI [irQBa4i[ue.

' Le mol de pmliire li'iisl |iiis a^ii:i iiulilc.

200 HÉKACLIUS.

Que sa milice éparse à chaque coin des rues A laissé du palais les portes presque nues :

Je puis en un moment m'y rendre le plus fort; Mes amis sont tout prêts : c'en est fait, il est mort; Et j'userai si bien de l'accès qu'il me donne, Qu'aux pieds d'Héraclius je mettrai sa couronne. Mais après mes desseins pleinement découverts. De grâce, faites-moi connoitre qui je sers; Et ne le cachez plus à ce cœur qui n'aspire Qu'à le rendre aujourd'hui maître de tout l'empire.

LÉONTINE

Esprit lâche et grossier, quelle brutalité Te fait juger en moi tant de crédulité ' ?

Va, d'un piège si lourd l'appât est inutile.

Traître, et si tu n'as point de ruse plus subtile....

EXUPÈRE

Je vous dis vrai, madame, et vous dirai de plus....

LÉONTINE

Ne me fais point ici de contes superflus =* :

' Il me semble qu'au contraire elle doit dire : Est-il bien vrai? ne me trompez-vous point? quelle preuve pouvez-vous me donner? faites-moi parler à quelques conjurés; je devrais les connaître touSj t)uisqueje me suis vantée de tout faire y mais je nen connais pas un; ie devrais être d*intelligence avec vous; nous détestons tous deux le tyran; il a immolé votte père; il m*en coûte mon fils; le mémeintérét nous joint : il est ridicule que je ne sache rien; mettez-moi au fait de tout, et je verrai ce que je dois croire, et ce que je dois faire. Au lieu de dire ce qu'elle doit dire, elle appelle Ëxupère lâche, grossier et brutal.

' Elle doit au moins attendre qu Exupère lui ait fait ces contes.

Je ne sais si je ne me trompe, mais la fin de cette scène entre deux subalternes approche un peu trop d'une scène de comédie,

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