SCÈNE I
HÉRAGLIUS.
Quelle confusion étrange ■ De deux princes fait un mélange Qui met en discord deux amis !
Un père ne sait où se prendre; Et plus tous deux s'osent défendre Du titre infâme de son fils , Plus eux-mêmes cessent d'entendre Les secrets qu'on leur a commis.
Léontine avec tant de ruse Ou me favorise ou m'abuse, Qu'elle brouille tout notre sort:
' On a presque toujours retranché aux représentations ces stances ; elles ne valent ni celles de Polyeucte^ ni celles du Cid : ce n'est qu'une ode du poète sur l'incertitude où les héros de la pièce sont de leur destinée ; ce n'est qu'une répétition de tous les sentiments tant de fois étalés dans la pièce; et, puisque c'est une répétition, c'est un défaut.
Un mélange de deux princes y deux amis en discord, un sort brouillé^ ce quHéraclius a de connaissance qui brave une orgueil' leuse puissance^ ne sont pas des manières de parler qui puissent entrer ni dans une tragédie , ni dans des stances.
HÉIUCLIUS.
Ce c[ue j'en eus de coiinoissance Brave une orgueilleuse puissance Qui n'en croit pas mon vain effort; Et je doute de ma naissance Quand on me refuse la mort.
Ce fier tyran qui me caresse Montre pour moi tant de tendresse Que mon cœur s'en laisse alarmer:
Lorsqu'il me prie et me coujure, Son amitié paroit si pure.
Que je ne saurais présumer Si c'est par instinct de nature.
Ou par coutume de m' aimer.
Dans cette croyance incertaine , J'ai pour lui des transports de haim:
Que je ne conserve pas bien:
Celte grâce qii il veut me faire Étoime et trouble ma colère; Etje n'ose résoudre rien, Quand je trouve un amoui- de père En celui qui ni'6i;i le mien.
Retiens, grande ombre de Maurice, Mon ame au bord du précipice Que cette obscurité lui fait.
Et m'aide à faire mieux connoitre Qu'en ton fils Dieu n'a pus fait naître Un prince à ce [tuint imparfait.
ao4 HÉRAGLIUS.
Ou que je méritois de Tétre, Si je ne le suis en effet.
Soutiens ma haine qui chancelle; Et redoublant pour ta querelle Cette noble ardeur de mourir, Fais voir.... Mais il m'exauce, on vient me secourir.