ACTE H, SCÈNE IV
MARTI AN
Expliquez- VOUS, seij^neur, parlez ca conliance; Fait-elle un autre choix?
LÉON
Non , mais elle balance :
Elle ne me veut pas encor désespérer, Mais elle prend du temps pour en délibérer.
Son choix n est plus pour moi, puisqu'elle ledilTère: L'amour n'est point le maître alors qu'on délibère; Et je ne saurois plus me piomettre sa Foi, Moi, qui n'ai que l'amour qui lui parle pour moi. Ah! madame....
JUSTINR.
ijeigneui ....
LÉON
Auriez-vouR pu le croire
JUSTINE
L'amour qui délibère est sûr de sa victoire^
Et quand d'un vrai mérite il s'est fait un appui,
II n'est point de raisons qui ne parlent pour lui.
Souvent il aime à voir un peu d'impatience.
Il feint de reculer, lorsque plus il avance;
Ce moment d'amertume en rend les fruits plus doux.
Aimez, et laissez faire une ame toute à vous.
LÉON
Toute à moi! mon malheur n'est que trop véritable;
J'en ai prévale coup, je le sens qui m'accable.
Plus elle m'assuroit de son affection,
Plus je me faisois peur de .son ambition;
Je ne savois des deux quelle étoit la plus forte :
256 PULCHÉRIE
Mais, il n est que trop vrai, Fambition Tempoite; Et, si son cœur encor lui parle en ma faveur, Son trône me dédaigne en dépit de son cœur.
Seigneur, parlez pour moi; parlez pour moi, madanM Vous pouvez tout sur elle, et lisez dans son ame : Peignez-lui bien mes feux, retracez-lui les siens; Rappelez dans son cœur leurs plus doux entretiens; Et, si vous concevez de quelle ard«ur je Faime, Faites-lui souvenir qu^elle m'aimoit de même. Elle-même a brigué pour me voir souverain; J'étois sans ce grand titre indigne de sa main : Mais si je ne Tai pas ce titre qui Fenchante, Seigneur, à qui tient-il qu'à son humeur changeante? Son orgueil contre moi doit-il s'en prévaloir, Quand pour me voir au trône elle n'a qu'à vouloir? Le sénat n'a pour elle appuyé mon suffrage Qu'afin que d'un beau feu ma grandeur fût l'ouvrage: Il sait depuis quel temps il lui plaît de m'aimer; Et, quand il l'a nommée, il a cru me nommer.
Allez, seigneur, allez empêcher son parjure; Faites qu'un empereur soit votre créature.
Que je vous céderois ce grand titre aisément, Si vous pouviez sans lui me rendre heureux amant! Car enfin mon amour n'en veut qu'à sa personne, Et n'a d'ambition que ce qu'on m'en ordonne.
MARTIAN
Nous allons, et tous deux, seigneur, lui faire voir Qu'elle doit mieux user de l'absolu pouvoir.
Modérez cependant Fexcès de votre peine.
Remettez vos esprits dans l'entretien d'Irène.