‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 179 sur 285 · PII I. CHÉRIE · texte numérisé non relu

PII I. CHÉRIE

Encore un coup, ne vous éloignez pas.

Seigneur, jusques ici vous m'avez bien servie; Vos lumières ont fait tout l'éclat de ma vie; La vôtre s'est usée à me favoriser 1 Il faut encor plus faire, il faut...

MAItTIAN.

PULCHKniE.

MAP, TIAN

Quoi?

M'êpouser.

Moi, madame?

PULCIIÉRIE.

Oui , seigneur; c'est le plus grand ser\ Que vos soins puissent rendre à votre impératrice. Non qu'en m'offraat à vous je reponde à vos feux Jusques à souhaiter des iils et des neveux :

Mon aïeul , dont par-tout les hauts faits retenlissenl , Voudra bien qu'avec moi ses descendants finissenl, Que j'en sois la dernière, et ferme dignement D'un si grand empereur Tauguate monument.

Qu'on ne prétende plus que ma gloire s'expose A laisser des Césars du sang de Théodose.

Qu'ai-je à faire de race à me déshonorer.

Moi qui n'ai que trop vu ce sang dégénérer,

!ig6 PDLCHÉRIE.

Et que, s'il est fécond en illustres princesses,

Dans les princes qu'il forme il n'a que des foiblesses?

Ce n'est pas que Léon, choisi pour souverain, Pour me rendre à mon rang n'eût obtenu ma main ; Mon amour, à ce prix, se fut rendu justice :

Mais puisqu'on m'a sans lui nommée impératrice, Je dois à ce haut rang d'assez nobles projets Pour n'admettre en mon lit aucun de mes sujets. Je ne veux plus d'époux, mais il m'en faut une ombre, Qui des Césars pour moi puisse grossir le nombre; Un mari qui, content d'être au-dessus des rois, Me donne ses clartés, et dispense mes lois; Qui, n'étant en effet que mon premier ministre. Pare ce que sous moi l'on craindroit de sinistre, Et, pour tenir en bride un peuple sans raison, Paroisse mon époux, et n'en ait que le nom.

Vous m'entendez, seigneur, et c'est assez vous dire. Prétez-moi votre main, je vous donne l'empire : Éblouissons le peuple , et vivons entre nous Comme s'il n étoit point d'épouse ni d'époux. Si ce n'est posséder l'objet de votre flamme. C'est vous rendre du moins le maître de son ame,. L'ôter à vos rivaux, vous mettre au-dessus d'eux. Et de tous mes amants vous voir le plus heureux.

MARTIAN

Madame...

PULCHÉRIE

A vos hauts faits je dois ce grand salaire ; Et j'acquitte envers vous et l'état et mon frère.

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