‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 21 sur 285 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

ILDION'E.

Ce aeroit ma pensée aussi bien que la vôtre;

Et si je nétois pas, seigneur, ce que je suis,

J'en prentlrois quelque droit de finir mes ennuis :

Mais l'esclavage fier d'une liante naissance,

Où toute autre peut tout, me tient dans l'impuissance ;

Et, victime d'état, je dois sans reculer

Attendre aveuglément qu'on me daigne immoler.

AHDARIC.

Attendre qu'Attila , l'objet de voire haine, Dnigne vous immoler à la lierté romaine?

ILDIONE

Qu'un pareil sacrifice auroit pour moi d'appas! Et que je souffrirai s'il ne s'y résout pas !

AllDARIC.

Qu'il seroit glorieux de le faire vous-même ,

D'en épargner la honte à votre diadème !

J'entends celui des Francs, qu'au lieu de maintenir...

I LDI ONE.

C'est à mon frère alors de venger et punir;

Mais ce n'est point à moi de rompre une alliance

Dont il vient d'attacher vos Huns avec sa France,

Et me faire par là du gajje de la paix

Le flambeau d'une guerre à ne finir jamais.

11 faut qu'Attda parle : et puisse être Honorie

La plus considérée, ou moi la moins chérit;!

Puisse-t-il se résoudre à me manquer de foi !

C'est tout ce que je puis et pour vous et pour uioi.

S'il vous faut des souhaits, je n'en suis point avare;

S'il vous faut des regrets, tout mon cœur s'y prépure.

4o ATTILA.

£t veut bien....

ABDARIC.

Que feront d'inutiles souhaits Que laisser à tous deux d'inutiles regrets?

Pouvez-vous espérer qu Attila vous dédaigne?

Rome est encor puissante, il se peut qu il la craigne.

ARDARIG.

A moins que pour appui Rome n'ait vos froideurs , Vos yeux l'emporteront sur toutes ses grandeurs; Je le sens en moi-même, et ne vois point d'empire Qu'en mon cœur d'un regard ils ne puissent détruire. Armez-Ies^de rigueurs, madame; et, par pitié, D'un charme si funeste ôtez-leur la moitié:

C'en sera trop encore; et pour peu qu'ils éclatent, Il n*est aucun espoir dont mes désirs se flattent. Faites donc davantage ; allez jusqu'au refus , Ou croyez qu'Ardaric déjà n'espère plus , Qu'il ne vit déjà plus , et que votre hyménée A déjà par vos mains tranché sa destinée.

ILDlONE.

Ai-je si peu de part en de tels déplaisirs.

Que pour m'y voir en prendre il faille vos soupirs?

Me voulez-vous forcer à la honte des larmes?

ARDARIG.

Si contre tant de maux vous m'enviez leurs charmes, Faites quelque autre grâce à mes sens alarmés. Madame, et pour le moins dites que vous m'aimez.

ILDIONE

Ne vouloii' pas m'en croire à moins d'un mot si rude.

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