SCÈNE II
EURYDICE, PALMIS, ORMÈSE.
PAl.MIS.
Madame, à chaque porte on a posé des gardes; Rien n'entre, rien ne sort, qu'avec ordre du roi.
EURYDICE
Qu'importe? et quel sujet en prenez-vous d'effroi?
P.ILMIS.
I Ou quelque grand orage à nous troidjler s'apprête. Ou l'on en veut, madame, à quelque grande lête: Je tremble pour mon iiére.
KUHÏDICE.
A quel propos tremhleri' Un roi qui lui doit tout voudroit-il l'accabler?
l'ALMIS.
Vous le figurez-vous à tel point insensible.
Que de son albance un refus si visible....
KUHïnict.
Un si rare service a su le prévenir Qu'il doit récompenser avant que de punir.
PALMIS.
U le doit; mais^ après une pareille; offense,
Il est rare qu'on songe à la reconnoissance.
Et par un tel mépris le service efïacé
Ne tient plus d'yeux ouverts sur ce qui s'est passé.
EURYDICE
Pour la sœur d'un héros , c'est être bien timide.
PALMIS.
L'amante a-t-elle droit d'être plus intrépide?
L'amante d'un héros aime à lui ressembler.
Et voit ainsi que lui ses périls sans trembler.
PALMIS.
Vous vous flattez, madame; elle a de la tendresse
Que leur idée étonne, et leur image blesse;
Et ce que dans sa perte elle prend d'intérêt
Ne sauroit sans désordre en attendre l'arrêt.
Cette mâle vigueur de constance héroïque
N'est point une vertu dont le sexe se pique;
Ou, s'il peut jusque-là porter sa fermeté,
Ce qu'il appelle amour n est qu'une dureté.
Si vous aimiez mon frère, on verroit quelque alarme;
Il vous échapperoit un soupir, une larme.
Qui marqueroit du moins un sentiment jaloux
Qu'une sœur se montrât plus sensible que vous.
Dieux! je donne l'exemple, et l'on s'en peut défendre!
Je le donne à des yeux qui ne daignent le prendre!
Auroit-on jamais cru qu'on pût voir quelque jour
Les nœuds du sang plus forts que les nœuds de l'amoU
Mais j'ai tort, et la perte est pour vous moins amère.