‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 259 sur 285 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PSYCHÉ

Où suis-jc? et, dans un lieu que je croyais barbare (Quelle savante main a bâti ce palais ,

Que l'art, que la nature pare

De l'assemblage le plus rare

Que lœil puisse admirer jamais?

Tout rit, tout brille, tout éclate Dans ces jardins, dans ces appartements,

Dont les pompeux ameublements

N'ont rien qui n'enchaute et ne flatte; lit, de quelque cote que tournent mes frayeurs. Je ne vois sous mes pas que de 1 or ou des fleurs. Le ciel aiiroit-il fait cet amas de merveilles

Pour la demeure d'un serpent?

Et lorsque par leur vue il amuse et suspend De mon destin jaloux les rigueurs sans pareilles,

Veut-il montrer qu'il s'en repent?

Non, non, c'est de sa haine, en cruautés féconde.

Le plus noir, le plus rude trait , (^li, par une rigueur nouvelle et sans seconde,

K'étale ce choix qu'elle a fait

De ce qu a de plus beau le monde Qu'afin que je le quitte avec phis de regret.

Que son espoir est ridicule

436 PSYCHÉ

S'il croit par là soulager mes douleurs!

Tout autant de moments que ma mort se recule

Sont autant de nouveaux malheurs; Plus elle tarde , et plus de fois je meurs.

Ne me fais plus languir, viens prendre ta victime,

Monstre qui dois me déchirer. Veux-tu que je te cherche? et £aiut-il que j'anime

Tes fureurs à me dévorer?

Si le ciel veut ma mort, si ma vie est un crime , De ce peu qui m'en reste ose enfin t'emparer.

Je suis lasse de murmurer

Contre un chàtimeiit légitime;

Je suis lasse de soupirer:

Viens, que j'achève d'expirer.

Page 1