‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 261 sur 285 · ACTE m, SCÈNE lll · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE lll

LAMOUH.

Quel besoin de secours au milieu d un empire

Oii tout ce qui respire N'attend que vos regartls pour en prendre la loi. Où vous n'avez à craindre autre monstre que moi?

Qu'un monstre tel que vous inspire peu de crainte!

Et que. s'il a quelque poison,

Une ame auioit peu de raison

De hasarder la moindre plainte

Contre une favorable atteinte Dont tout le cœur craindroit la guérison !

A peine je vous vois , que mes frayeurs cessées Laissent évanouir l'image du trépiis , Et que je sens couler dans mes veines glacées Un je ne sais quel feu (|ue je ne connois pas. J'ai senti de l'estime et de la complaisance,

De l'amitié, de la reconnoîssance; De la compassion les cha{^rins innncL'Uts

M'en ont fait sentir la puissance; Mais je n'ai point encor senti ce que je sens. Je ne sais ce que c'est; mais je sais qu'il me chaiiiic,

Que je n'en conçois point d'alarme:

Plus j'ai les yeux sur vous, plus je m'en sens cliarmei': Tout ce que j'ai senti n'agissoit point de même;

Et je dirois que it \nr.i, aime, Seigneur, si je savois n que c'est que d'aiiuer. Ne les détournez point, ces yeux qui m'empoisonnent, Ces yeux tendres, ces yeiir perçants , mais nmourenx.

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438 PSYCHÉ

Qui semblent partager le trouble qu'ils me donnent. Hélas 1 plus ils sont dangereux, Plus je me plais à m'attacher sur eux. Par* cpxel ordre du ciel , que je ne puis comprendre ,

Vous dis-je plus que je ne dois, Moi, de qui la pudeur devroit du moins attendre Que vous m'expliquassiez le trouble où je vous vois? Vous soupirez, seigneur, ainsi que je soupire; Vos sens, comme les miens, paroissent interdits : C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire; Et cependant c'est moi qui vous le dis.

l'amour.

Vous avez eu, Psyché, l'ame toujours si dure, Qu'il ne faut pas vous étonner Si, pour en réparer l'injure, L'Amour en ce moment se paie avec usure

De ceux qu elle a dû lui donner.

Ce moment est venu qu'il faut que voti*e bouche ' Exhale des soupirs si long-temps retenus; Et qu'en vous arrachant à cette humeur farouche, Un amas de transports aussi doux qu'inconnus Aussi sensiblement tout à-la-fois vous touche. Qu'ils ont dû vous toucher durant tant de b^aux jours Dont cette ame insensible a profané le cours.

PSYCHÉ

N'aimer point, c'est donc un grand crime?

l'amour.

En souffrez-vous un rude châtiment?

PSYCHÉ

C'est punir assez doucement.

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