‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 266 sur 285 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

AGLAURE, CYDIPPE.

ÂGLAUKE.

Je n'en puis plus, ma sœur; j'ai vu trop de merveilles

L'avenir aura peine à les bien concevoir;

Le soleil, qui voit tout, et qui nous fait tout voir,

N'en a jamais vu de pareilles.

Elles me chagprinent l'esprit; Et ce brillant palais , ce pompeux équipage,

Font un odieux étalage Qui m'accable de honte autant que de dépit.

Que la fortune indignement nous traite!

Et que sa largesse indiscrète Prodigue aveuglément, épuise, unit d'efforts.

PSYCHE. 445

Pour taire de tant Je trésors Le partage dune cadette !

CYDIPPE.

J'entre dans tous vos sentiments , J'ai les mêmes cliayrins; et dans ces lieux charmants.

ïout ce qui vous déplaît me blesse; Tout ce que vous prenez pour un mortel affront.

Comme vous, m'accable, et me laisse ï/amertume dans Tame et la rougeur au front,

AOL AUBE.

Kon , ma sœur , il n'est point de reines Qui, dans leur propre état, parlent en souveraines

Comme Psyché parle en ces lieux.

On l'y voit obéie avet; exactitude, Et de ses volontés une amoureuse étude

Les cherche jusque dans ses yeux.

Mille beautés s'empressent autour d'elle , Et semblent dire à nos regards jaloux :

Quels que soient nos attraits, elle est encor plus belle; Et nous, qui la servons, le sommes plus que vous.

Elle prononce, on exécute; Aucun ne .s'en défend, aucun ne s'en rebute.

Flore, qui s'attache à ses pas, Répand à pleines mains autour de sa personne

Ce qu'elle a de plus doux appas; Zéphyre vole aux ordres quelle donne; Et son amante et lui, s'en laissant trop charmer. Quittent pour la servir les soins de s'entr'aimer.

CVDIl'PE.

Elle a des dieuKùson service ^

EUe aura bientôt des autels; Et nous ne commandons qu'à de chéti£s mortels

De qui Faudace et le caprice, Ck>ntre nous à toute heure en secret révoltés,

Opposent à nos vcdcmtés

Ou te murmure ou Fartificel

AGLIUBE.

C'étoît peu que dans notre cour Tant de cœurs à Tenvi nous Feussent préférée; Ce n'étoit pas assez que de nuit et de jour D'une foule d'amants elle y fût adorée :

Quand nous nous consolions de la voir au tombeau

Par Fordre imprévu d'un oracle, Elle a voulu de son destin nouveau Faire en notre présence éclater le miracle,

Et choisir nos yeux pour témoins De ce qu'an fond du cœur nous sonhmtîcms le moins.

CYDIPPE.

Ce qui le plus me désespère, C'est cet amant parfait et si digpie de plaire

Qui se captive sous ses lois.

Quand nous pourrions choisir entre tous les monarques

En est-il un, de tant de rois,

Qui porte de si nobles Aarques?

Se voir du bien par-delà ses souhaits N'est souvent qu'un bonheur qui fait des misérables; Il n'est ni train pompeux ni superbe palais Qui n'ouvrent quelque porte à des maux incurables : Mais avoir un amant d'un mérite achevé,

Et s'en voir chèrement aimée,

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