‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 71 sur 285 · ACTE II, SCÈNE II. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. i

Mais si près d'un hyiuen si soulmité de tous , Quand Domitie a droit de sea croinr iissiirée, Que lejoureiiest pris, la fête préparée, Je l'aime, et lui dois trop pour jeter sur sou front L éternelle rougeur d'un si mortel afFront.

IloDie entière et uia fui l'appellent à 1 empire : Voyez mieux du quel œil on m en veiToit dédire , Ce qu'ose se permettre une femme en fureur, lit combien Rome entière auroit pour moi d'horreur

Il O M 1 T I A N ,

Klle n'en auroit point de vous voir pour nu fri rc Faire autant que pour elle il vous a plu de taire. Seigneur, à vos bontés laissez un libre cours: Qui se vainc une fois peut se vaincre toujours ; Ce n'est pas un eHort que votre ame redoute.

TITE

Qui se vainc une fois sait bien ce qu'il en ciiùte; L'effort est assez grand pour en craindre nu second.

DOMITIAX.

Ah! si votre grande ame à peine s'en répond, La mienne, qui n'est pas d'une trompi! si belle. Réduite au même efibrt, seigneur, que feiu-t-elle?

TITE

Ce que je fais, monfrèie; aimez ailleuis.

DOMITIAN

Hélas '.

Ce qui vous fut aisé, seigneur, ne me l'est pas. Quand vous avez changé, voyiez-vous Bérénice? De votre changement son départ fut complice ; Vous l'aviez éloignée , et j'ai devant les yeu\ ,

Je vois presque en vos bras ce que j'aime le mieux. Jugez (le ma douleur par Fexcès de la vôtre.

Si vous voyiez la reine entre les bras d'un autre, Contre un rival heureux épargneriez- vous rien, A moins que d'un respect aussi grand que le mien?

TITE

Vengez-vous, j'y consens; que rien ne vous retienne. Je prends votre maîtresse; allez, prenez la mienne. Épousez Bérénice, et....

DOMITIAN

Vous n'achevez point, Seigneur: me pourriez-vous aimer jusqu'à ce point?

TITE

Oui, si je ne craignois pour vous l'injuste haine Que Rome concevroit pour l'époux d'une reine.

Dites, dites, seigneur, qu'il est bien malaisé

De céder ce qu'adore un cœur bien embrasé;

Ne vous contraignez plus, ne gênez plus votre ame,

Satisfaites en maître une si belle flamme :

Quand vous aurez su dire une fois. Je le veux,

D'un seul mot prononcé vous ferez quatre heureux.

Bérénice est toujours digne de votre couche;

Et Domitie enfin vous parle par ma bouche :

Car, je ne saurois plus vous le taire; oui, seigneur,

Vous en voulez la main, et j'en ai tout le cœur:

Elle m'en fit le don dès la première vue,

Et ce don fut l'effet d'une force imprévue ,

De cet ordre du ciel qui verse en nos esprits

Les principes secrets de prendre et d'être pris.

Page 1