‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 188 sur 292 · OTHON, CAMILLE, ALBIN, ALBIANE · texte numérisé non relu

OTHON, CAMILLE, ALBIN, ALBIANE

CAMILLE

Vous pouvez voir par là mon âme toute entière. Seigneur j et je voudrois en vain la déguiser

> Cette scène sort du ton de la comédie ; mais l'impression déjà reçue empéclie le spectateur de voir de l'élévation dans un sujet qui ^ pendant près de trois actes , n'a presque rien eu de noble et de graqd. Tous les discours artificieux que tient Othon pour se débarrasser de i'amonr de Camille, toutes ses craintes de l'avenir, ne peuvent faire naître d'autre sentiment que celui de l'indifférence. Camille , à la fin de la scène, est jalouse de Plautine, mais elle est Froidement jalouse. Othon ne peut guère intéresser personne en parlant de sa première femme Poppée , qui a été maîtresse de Néron. Camille peutelle intéresser davantage, en disant qvCel/e Jte, sali point faire valoir iea choses, qii*eile ne sait pas quel amour elle a pu donner; mais qu'Olhon aime à raisonner sur l'empire; elle l'y trouve asseiu fort y et même d^une force à montrer qu'il connaît ce que l'empire a tf amorce? ^ . »

. Je croîs que cet acte était impraticable. Tout manque, quand Tinté

Après ce que pour vous l'amour me fait oser.

Ce que Galba pour moi prend le soin de vous dire....

OTHON

Quoi donc, madame ! Othon vous coûteroit l'empire?

Il sait mieux ce qu'il vaut, et n'est pas d'un tel prix

Qu'il le faille acheter par ce noble m^ëj^s,

Il se doit opposer à cet effort d'estii^e

Où s'abaisse pour lui ce cœur trop magnanime ^

Et, par un même effort de magnanimité ,

Rendre une Ame si haute au trône mérité.

D'un si parfait amour quelles que soient les causes....

CAMILLE

Je ne sais point, seigneur, Êiire valoir les choses : Et , dans ce prompt succès dont nos cœurs sont charmés , Vous me devez bien moins que vous ne présumez. Il semble que pour vous je renonce à l'empire , Et qu'un amour aveugle ait su me le prescrire.

rét manque. Cest préciflément ce que dit l'anteur de VHisloire du Théâtre français *, à l'article Othon : Jja partie la pi fia nécessaire y manque ; V intérêt est l'âme d'une pièce , et le spectateur n'en prend ici pour aucun des personnages. ^

* Plaisante autorité que celle de Hiistorien du théâtre françus pour juger Corneille , niéme dans ce qu'il a de plus faible ! En traitant le auj^t à' Othon, il est bien évident quç ce grand homn^e c'avait pas eu Ip projet de faire nue tragédie on , selon la loi trop générale qu*en fait Yoltaire » il y eut des combats du cœur et dçs infortunes intéressantes. U avait voulu peindre des moeurs et des caractères fidèlement tracés; et» dans cette partie^ il est toa jours nu grand peintre. U ne circonscrivait pas la tragédie dans un seul genre; et Voltaire lui-même, qui n*avait fait, à ce qu'il avoue, sa tragédie du Triumvirat que pour y appliquer des notes histo- . riqnes , ne s'éloignait pas de cette façon de penser , et devait la pardonner à Corneille. Othon n'est susceptible que d un seul intérêt , l'intérêt de curiosité. P.

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