ACTE I, SCÈN^E I
Mais la reconnoissance morte ^ L'amour doit courir grand hasard.
Ah ! s'il n'avoit voulu que par reconnoissance
Être gendre de Lysjander, Son choix auroit suivi Tordre de la naissance , Et Sparte au lieu de vous l'eût vu me demander ; Mais pour mettre chez nous l'ëclat de sa couronne Attendre que l'hymen m'ait engagée ailleurs , C'est montrer que le cœur s'attache à la personne ; Ayez, ayez pour lui des sentiments meilleurs. Ce cœur qu'il vous donna, ce choix qui considère Autant et plus encor la fille que le père , Feront que le devoir aura bientôt son tour ; Et pour vous faire seoir où vos désirs aspirent, Vous verrez, et dans peu , comme pour vous conspirent
La reconnoissance et l'amour.
AGLATIDE.
Vous voyez cependant qu'à peine il me regarde :
Depuis notre arrivée il ne m'a point parlé ;
Et quand ses yeux vers moi se tournent par mégarde. . . .
ELPINïCE.
Comme avec lui mon père a quelque démêlé ,
Cette petite négligence ,
Qm. vous fait douter de sa foi ,
Vient de leur mésintelligence, - Et dans le fond de l'âme il vit sous votre loi.
AGLATIDE.
A tous hasards, ma soeur> comme j'en suis mal sûi^, Si vous me pouviez faire un don de votre amant.
388 AGÉSILAS
Je crois que je pourrois l'accepter sans murmure.
Vous venez de parler du mien si dignement....
ELPINICE.
Aimeriez-vous Cotys, ma sœur?
AGLATIDE.
Moi? nullement.
ELPINICE.
Pourquoi donc vouloir qu'il vous aime?
AGLATIDE.
Les hommages qu'Agésilas Daigna rendre en secret au peu que j'ai d'appas M'ont si bien imprime l'amour du diadème^
Que f pourvu qu'un amant soit roi ,
Il est trop aimable pour moi.
Mais sans trône on perd temps : c'est la première idée Qu'à l'amour en mon cœur il ait plu de tracer;
Il l'a fidèlement gardée ,
Et rien ne peut plus l'eflFacer.
ELPINICE.
Chacune a son humeur : la grandeur souveraine , Quelque main qui vous l'offre, est digne de vos feux;
Et vous ne ferez point d'heureux
Qui de vous ne fasse une reine.
Moi, je m'éblouis moins de la splendeur du rang; Son éclat au respect plus qu'à l'amour m'invite : Cet heureux avantage ou du sort ou du sang Ne tombe pas toujours sur le plus de mérite. Ci mon cœur, si mes yeux en étoient consultés,
Leur choix iroit à la personne ,