‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 270 sur 292 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SPITRIDATE, MANDANE, AGLATIDE.

AGLATIDE.

Vous me quitter, seigneur, mais vous croyez-youâ ({uitte , Et que ce soit assez que de me rendre à moi ?

Après tant de froideurs pour mon peu de mérite , Est-ce vous mal servir que reprendi^ ma foi ?

AGLAOriDE.

Non ; mais le pouvez-vous à moins que je la rende I Et si je vous la rends, saVez-vous à quel prix ?

SPITRIDATE.

Je ne crois pas pour vous cette perte si grande , Que vous en souhaitiez d'autres que vos mépris»

AGLATIDE.

Moi, des mépris pour vous I

SPITRIDATE.

C'est ainsi que j'appelle Un feu si bien promis, et si mal allumé.

AOLATIDEé

Si je ne vous aimois, je vous aurois aimé ; Mon devoir m'en étoit un garant trop fidèle.

SPITRIDATE.

Il ne vous répondoit que d'agir un peu tard ,

Et laissoit beaucoup au hasard.

Votre ordre cependant vers un autre me chasse , VIII. 29

45o AGÉSILAS.

Et vous avez quitté la place à votre sœur.

ACLÀTIDE.

Si je vous ai donné de quoi remplir la place ,

Ne me deveas-vous point de quoi remplir mon cœur?

SPITRIDATE.

J'en suis au désespoir; mais je n'ai point de frère Que je puisse à mon tour vous prier d'accepter.

ACLATIDi:.

Si vous n'en avez point par qui me satisfaire , Vous avez une sœur qui vous peut acquitter : Elle a trop d'un amant ; et si sa flamme heureuse Me renvoyoit celui dont elle ne veut plus ,

Je ne suis point d'humeur fâcheuse y Et m'accommoderois bientôt de ses. refiis.

SPITRIDATE,

De tout mon cœur je l'en conjure :

Envoyez-lui Cotys, ou même Agésilas^ Ma sœur y et prenez soin d'apaiser ce murmure Qui cherche à m'imputer des sentiments ingrats. Je vous laisse entre vous faire ce grand partage^ Et vais chez Lysander voir quel sera le mien. Madame I vous voyez, je ne puis davantage; Et qui fait ce qu'il peut n'est plus garant de rien.

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