‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 275 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIL

Non.

COTYS.

Poutrez-^ous l'épouser?

MANDATE.

Vous-même , dites^mov puis-je m'en exeuser? Et quel brasy quel secours appeler a mon aide^ Lorsqu'un fipère me donne ^ et qu'un amant me cède?

COTYS.

N'imputez point à crime une civilité Qu'ici de général Touloit l'autorité.

MANDATE.

Souffrez-moi donc , seigneur , la même déférence Qu'ici de nos destins demande l'assurance.

COTYS.

Vous céder par dépit et d'un ton menaçant ; Faire voir qu'on pénètre au ceeur du plus puissant, Qu'on sait de ses refus la plus secrète cause ; Ce n'est pas tant céder lobjet de son amour , Que presser un rival de paroître en plein jour, Et montrer qu'à ses vœux hautement on s'oppose.

MANDANE

Que sert de s'opposer aux vœux d'un tel rirai,

Qui n'a qu'à nous protéger mal

Pour nous livrer à notre perte?

Seroit-il d'un grand cœur de cJiercher à périr ,

Quand il voit une porte ouverte A régner avec gloire aux dépens d'un soupir?

COTYS.

Ah! le change vous plaît.

456 A6ÉSILAS.

MANDANE

Non, seigneur, je vous aime; Mais je dois à mon frère, à ma gloire, à vous-même. D'un rival si puissant si nous perdons l'appui , Pourrons-nous du Persan nous défendre sans lui? L'espoir d'un renoùment de la vieille alliance Flatte en vain votre amour et vos nouveaux desseins. Si vous ne remettez sa proie entre ses mains , Oserez-vous y prendre aucune confiance?

Quant à mon frère et moi , si les dieux irrités Nous font jamais rentrer dessous sa tyrannie. Comme il nous traitera d'esclaves révoltés , Le supplice l'attend , et moi l'ignominie. C'est ce que je saurai prévenir par ma mort : Mais jusque-là, seigneur, permettez-moi de vivre, Et que par un illustre et rigoureux effort. Acceptant les malheurs où mon destin me livre. Un sacrifice entier de mes vœux les plus doux Fasse la sûreté de mon frère et de vous.

COTYS.

Cette sûreté malheureuse A qui vous immolez votre amour et le mien

Peut-elle être si précieuse Qu'il faille l'acheter de mon unique bien? Et faut-il que l'amour garde tant de mesures Avec des intérêts qui lui font tant d'injures? Laissez , laissez périr ce déplorable roi , A qui ces intérêts dérobent votre foi.

Que sert que vous l'aimiez? et que fait votre flamme Qu'augmenter son ardeur pour croître ses malheurs.

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