ACTE V, SCÈNE V
Est-il plus haut mérita ^ est-il vertu plus rare? Cependant mon destin à ce point est amer^ Que plus elle mérite p et moins je dois l'aimer ; Et que plus ses vertus sont dignes de l'hommage Que rend toute mon âme à cet illustre objet ^ Plus je la dois fermer à tout autre projet Qu'à celui d'égaler sa grandeur de courage.
XENOCLES.
Du moins vous rendre heureux ce n'est plus hasarder. Puisqu'un si digne amour fait grâce à Lysander,
Il n'a plus lieu de se contraindre :
Vous devenez par là maître de tout l'étal ; Et, ce grand homme à vous, vous n'avez plus à craindre
Ni d'éphores ni de sénat.
AcisiLAS.
Je n'en suis pas encor d'accord avec moi-même. J'aime; mais, après tout, je hais autant que j'aime; Et ces deux passions qui régnent tour à tour Ont au fond de mon cœur si peu d'intelligence , Qu'à peine immolie-t-il la vengeance à l'amour. Qu'il voudroit in^moler l'amour à la vengeance* Entre ce digne objet et ce digne ennemi , Mon âme incertaine et flottante , Quoi que l'uii me promette, et quoi que Fautre attente, Ne se peut ni domter, ni croire qu'à demi : Et plus des deux côtés je la sens balancée , Plus je vois clairement que si je veux régner. Moi qui de Lysander vois toute la pensée. Il le faut tout-à-*fait ou perdre ou regagner; Qu'il est temps de choisir^
47i AGÉSILAS.
XENOCLJSS.
Qu'il serbit magnanime De vaincre et la vengeance et l'amour à la fois !
AGESILAS
Il faudroit^ Xénoclès, une âme plus sublime.
XÉNOCLÈS.
Il ne faut que vouloir : tout est possible aux rois.
AGESILAS
Ah ! si je pouvois tout^ dans l'ardeur qui me presse Pour ces deux passions qui partagent mes vœux,
Peut-4tre aurois-je la foiblesse
D'obéir à toutes les deux.