SCÈNE VIIL
AGÉSILAS, LYSANDER, AGLATIDE, conduitepar XÉNOCLÈS.
AGLATIDE.
Sur un ordre, seigneur, reçu de votre part.
Je viens, étonnée et surprise Devoir que tout d'un coup un roi m'en favorise, Qui me <laignoit à peine honorer d'un regard.
AGXSILAS.
Sortez d'étonnement» Les temps changent, madame. Et l'on n'a pas toujours mêmps yeux ni même âme. Pourriez-vous^de ma main accepter un époux ?
470 AGÉSILAS.-
AGLATIDE*.
Si mon père y consent , mon devoir me l'ordonne; Ce me sera trop d'heur de le tenir de vous. Mais avant que savoir quelle en est la personne , Pourrois-je vous parler avec la liberté Que me souffroit à Sparte un feu trop écouté> Alors qu il vous plaisoit ou m'aimer, ou me dire Qu'en votre cœur mes yeux s'étoient fait un empire? Non que j'y pense encor; j'apprends de vous, seigneur, Qu'on change avec le temps, d'âme, d'yeux et de cœur.
ACESILAS.
Rappelez ces beaux jours pour me parler sans feindre; Mais, si vous le pouvez , madame, épargnez-moi.
Ce seroit sans raison que j'oserois m'en plaindre : L'amour doit être libre , et vous êtes mon roi. Mais puisque jusqu'à vous vous m'avez fait prétendre; N'obligez point, seigneur, cet espoir à descendre ,
Et ne me faites point de lois Qui profanent l'honneur de votre premier choix.
J'y trouvois pour moi tant de gloire , J'en chéris à tel point la flatteuse mémoire. Que je regarderois comme un indigne époux Quiconque m'offriroit un moindre rang que vous.
Si cet orgueil a quelque crime, Il n'en faut accuser que votre trop d'estime; Ce sont des sentiments que je ne puis trahir. Après cela, parlez; c'est à moi d'obéir. ,