‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 80 sur 292 · FIN DE SERTORIUS · texte numérisé non relu

FIN DE SERTORIUS

SOPHONISBE

TRAGÉDIE

PREFACE DE VOLTAIRE

Il y a des points dliistoire qui paraissent au premier coup d'œil de beaux sujets de tragédie , et qui au fond sont presque impraticables : telles sont, par exemple, les catastrophes de Sophonisbe et de Marc-Antoine. Une des raisons qui probablement excluront toujours ces sujets du théâtre, c'est qu'il est bien difficile que le héros n'y soit avili. Massinisse , obligé de voir sa femme menée en triomphe à Rome , ou de la faire périr pour la soustraire à cette in&mie , ne peut guère jouer qu'un rôle désagréable. Un vieux triumvir tel qu'Antoine, qui se perd pour une femme telle que Cléopâtre, est encore moins intéressant, parce qu'il est plus méprisable:

La Sophonisbe de Mairet eut un grand succès; mais c'était dans un temps où non seulement le goût du public n'était point formé, mais où la France n'avait encore aucune tragédie supportable.

n en avait été de même de la Sophonisbe du Trissino ; et celle de Corneille fat oubliée ^u bput de quelques années : elle essuya dans sa nouveauté

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beaucoup dç critiques, et eut de& défenseurs célèbres; mais il paraît qu'elle ne fut ni bien attaquée ni bien défendue.

Le point principal fut oublié dans toutes ces disputes. Il s'agissait de savoir si la pièce était intéressante : elle ne l'est pas, puisque, malgré le nom de son auteur , on ne l'a point rejouée depuis quatre-vingts ans. Si ce défaut d'intérêt, qui est le plus grand de tous , comme nous l'avons déjà dit, était racheté par une scène semblable à celle de Sertorius et de Pompée , on pourrait la représenter encore quelquefois.

n ne sera pas inutile de faire connaître ici le style de Mairet et de tous les auteurs qui donnèrent des tragédies avant le Cid.

Syphax , dès la première scène, reproche à Sophonisbe , sa femme , un amour impudique pour le roi Massinisse, son ennemi. Je veux bien , lui dit-il , que tu me méprises j et que tu en aimes un autre; mais

Ne pouvois-tu trouver oa prendre tés plaisirs Qu'en cherchant Famitië de ce prince numide ?

Sophonisbe lui répond :

Tai voulu m'assurer de^Fassistance d'un

A qui le nom libyque avec nous fût conunun.

DE VOLTAIRE. i5i

Ce même Syphax se plaint à son confident Philon de Tinfidélité de son épouse; et Philon, pour le consoler , lui représente

Que c'est aux grandes âmes

A souffrir de grands maux, et que femmes SQut femmes.

Ensuite , quand Syphax est vaincu , Phénice, confidente de Sophonisbe , lui conseille de chercher à plaire au vainqueur; elle lui dit :

Au reste , la douleur ne vous a point éteint

Ni la clarté des yeux, ni la beauté du teint s

Vos pleurs vous ont lavée ; et vous êtes de celles

Qu'un air triste et dolent rend encore plus belles.

Vos regards languissants font naître la pitié ,

Que l'amour suit parfois, et toujours l'amitié,

N'étant rien de pareil aux effets admirables

Que font dans les grands cœurs des beautés misérables.

ikoytz <{tte Massinisse est un vivant rocher ,

Si vos perfections ne le peuvent toucher.

So][^onisbe, qui n'uvait pas besoin de ces conseils , emploie avec Massinisse le langage le plus sé« duisant , et lui parle même avec une dignité qtii la rend encore phis touchante. Une de §e» suivantes , remarquant l'effet que le disdours de Sophonisbe a &it sur ie (Irince y dit derrière elle à une autre sui^vante , Ma compagne y il se prend; et sa oom^pagoid lui répond, La victoire est à nous^ ou je n'y- con^ nais rien. ^

i52 PRÉFACE

Tel était le style des pièces les plus suivies ; tel était ce mélange perpétuel de comique et de tragique qui avilissait le théâtre : Tamour n'était qu'une galanterie bourgeoise ; le grand n'était que du boursou£Q[é; l'esprit consistait en jeux de mots et en pointes ; tout était hors de la nature : presque personne n'avait encore ni pensé ni parlé comme il faut dans aucun discours public.

Il est vrai que la Sophonisbe de Mairet avait un mérite très nouveau en France , c'était d'être dans les règles du théâtre : les trois unités de lieu , de temps et d'action , y sont parfaitement observées. On regarda son auteur comme le père de la scène française : mais qu'est-ce que la régularité sans force,. sans éloquence, sans grâce, sans décence? Il.y a des vers naturels dans la pièce, et on admirait ce naturel qui approche du bas, parce qu'on ne. connaissait point encore celui qui touche au sublime.

En général , le style de Mairet est ou ampoulé ou bourgeois. Ici c'est un officier du rdi Massinisse qui , en annonçant que Sophonisbe est morte empoisonnée, dit au roi :

Si votre majesté désire qu'on lui ïnontre Ce pitoyable objet y il est ici tout contre ^

DE VOLTAIRE. i53

La porte de sa chambre est à deux pas d'ici , Et vous le pourrez voir de l'endroit que voici.

Là c'est Massinisse qui, en voyant Sophonisbe expirée , s'écrie , en s'adressant aux yeux de cette beauté :

Vous avez donc perdu ces puissantes merveilles Qui déroboient les cœurs et charmoient les oreilles , Clair soleil, la terreur d'un injuste sénat, Et dont l'aigle romain n'a pu souffrir l'éclat ! Doncques votre lumière a donné de l'ombrage , etc.

On ne faisait guère alors autrement des vers.

Dans ce chaos à peine débrouillé de la tragédie naissante, on voyait pourtant des lueurs de génie ; mais surtout ce qui soutint si long-temps la pièce de Mairet , c'est qu'il y a de la vraie passion. Elle fut représentée sur la fin de i634, trois ans avant le Cid, et enleva tous les suffrages. Les succès, en tout genre, dépendent de l'esprit du siècle : le médiocre est admiré dans un temps d'ignorance ; le bon est tout au plus approuvé dans un temps éclairé.

On fera peu de remarques grammaticales sur la Sophonisbe de Corneille , et on tâchera de démêler les véritables causes qui excluent cette pièce du théâtre.

DE CORNEILLE

AU LECTEUR

Gette pièce m'a fait connoître qu'il n y a rien de si pénible que de mettre sur le théâtre un sujet qu'un autre y a déjà fait réussir ; mais aussi j'ose dire qu'il n'y a rien de si glorieux, quand on s'en acquitte dignement. C'est un double travail d'avoir tout ensemble à éviter les ornements dont s'est saisi celui qui nous a prévenus, et à faire effort pour en trouver d'autres qui puissent tenir leur place. Depuis trente ans que M. Mairet a fait admirer sa Sophonîsbe sur notre théâtre, elle y dure encore; et il ne faut point de marque plus convaincante de son mérite que cette durée, qu'on peut nommer une ébauche, ou plutôt des arrhes de l'immortalité qu'elle assure à son illustre auteur : et certainement il faut avouer qu'elle a des endroits inimitables , et qu'il seroît dangereux de retâter après lui. Le démêlé de Sçipion avec ' Massi-

* On voit que Corneille était alors raccommodé arec

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nisse , et le désespoir de ce prince , sont de ce nombre : il est impossible de penser rien de plus juste , et très difficile de lexprimer plus heureusement. L'un et Fautre sont de son invention : je n'y pouvois toucher sans lui faire un larcin j et si j'avois été d'humeur à me le permettre , le peu d'espérance de l'égaler me l'auroit défendu. J'ai cru plus à propos de respecter sa gloire , et de ménager la mienne , par une scrupuleuse exactitude à m'écarter de sa route, pour ne laisser aucun lieu de dire, ni que je sois demeuré au-dessous de lui , ni que j'aie prétendu m'élever au-dessus , puisqu'on ne peut faire aucune comparaison entre des choses 011 l'on ne voit aucune concurrence. Si j'ai conservé les circonstances qu'il a changées, et changé celles qu'il a conservées, c'a été par le seul dessein de faire autrement, sans ambition de faire mieux. C'est ainsi qu'en usoient

Mairet , ou qu'il craignait de choquer le public , qui aimait toujours 1 ancienne Sophonisbe* C'est dans cette scène , où Scipion fait à Massinisse des reproches de sa faiblesse , qu'on trouve ce vers énergique :

MassiniMe en un jour voit , aime , et se marie /

Ce vers est la critique de tant d'amours de théâtre, qui commencent au premier acte, et qui produisent un mariage au dernier.

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nos anciens, qui traitoient d'ordinaire les mêmes sujets. La mort de Gly temnestre en peut servir d'exemple : nous la voyons encore chez Eschyle , chez Sophocle 9 et chez Euripide, tuée par son fils Oreste^ mais chacun d'eux a choisi diverses manières pom- arriver à cet événement , qu'aucun des trois n'a voulu changer, quelque cruel et dénaturé qu'il fût 5 et c'est sur quoi notre Aristote en a établi le précepte. Cette noble et laborieuse émulation a passé de leur siècle jusqu'au nôtre au travers de plus de* deux mille ans qui les séparent. Feu M. Tristan a renouvelé Mariamne et Panthée sur les pas du défunt sieur Hardi. Le grand éclat que M. de Scudéry a donné à sa Didon n'a point empêché que M. de Boisrobert n'en ait fait voir une autre trois ou quatre ans après, sur une disposition qui lui en avoit été donnée, à ce qu'il disoit , par M. l'abbé d'Aubignac. A peine la Cléopâtre de M. de Benserade a paru , qu'elle a été suivie du MaroAntoinç de M. Mairet, qui n'est que le même sujet sous un autre titre. Sa Sophonisbe même n'a pas été la première qui ait ennobli les théâtres des derniers temps : celle du Trissin l'avoit précédée en Italie , et celle du sieur de Mont-Chrétieû eiï France} et

i58 PRÉFACE

je vondrois que quelqu'un se voulàt divertir à retoucher le Cid ou les Horaces ayee- autant de retenue pour ma conduite et pour mes pen-sees que f en ai eu pour celles de M. Mairet.

Vous trouverez en cette tragédie les caractères tels que chez Tite-Live; vous y verrez Sophonisbe avec le même attachement aux inr teréts de son pays , et la même haine pour Rome qu'il lui attribue. Je lui prête un peu ^amoor; mais elle règne sur lui , et ne daigne Técoutw qu'autant qu'il peut servir à ses passions dominantes^ qui régnent sur elle, et à qui elle sacrifie toutes les tendresses de son cœur, Màssinisse , Syphax , et sa propre vie. Elle en fait son unique bonheur, et en soutient la gloire avec une fierté si noble et si élevée , que Laelîus est contraint d'avouer lui-même qu'elle méritait d'être née Romaine. Elle n'avoit point abandonné Syphax après deux défaites; elle étoit prête à s'ensevelir avec lui soiis les ruines de sa capitale, s'il y fût revenu s'enfermer avec elle après la perte d'une troisième bataille : mais elle vouloit qu'il mourût plutôt que d'accepter l'ignominie des fers et du triomphe oii le réservoient les Romains; et elle avoit d'autant plus de droit d'attendre de lui cet effort de ma--

DE CORNEILLE. i5§

gnanimitë, qu'elle s'étoit résolue à prendre ce parti pour elle y et qu'en Afrique c'ëtoit la coutume des rois de porter toujours sur eux du poison très violent , pour s'épargner la honte de tomber vivants entre les mains de leurs enne-^ mis. Je ne sais si ceux qui l'ont blâmée de traiter avec trop de hauteur ce malheureux prince après sa disgrâce , ont assez conçu la mortelle horreur qu'a dû exciter en cette grande âme la vue de ces fers qu'il lui apporte à partager; mais du moins ceux qui ont eu peine à souffrir qu'elle eût deux maris vivants ne se sont pas souvenus que les lois de Rome vouloient que le mariage se rompît par la captivité* Celles de Garthage nous sont fort peu connues ; mais il y a lieu de présumer , par l'exemple même 4e Sophonisbe, qu'elles étoient encore plus faciles à ces ruptures, Asdrubal son père lavoit nniariée à Massinisse avant que d emmener ce jeune prince en Espagne , ou il commandoit les armées de cette république; et néanmoins , durant le séjour qu'ils y firent, les Carthaginois la marièrent de nouveau à Syphax, sans user d'aucune formalité ni envers ce premier mari, ni envers ce père, qui demeura extrêmement surpris et irrité de l'outrage qu'ils

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ayoient fait à sa fille et à son gendre. C'est ainsi que mon auteur appelle Massinisse, et c'est làdessus que )e le fais se fonder ici pour se ressaisir de Sophonisbe sans l'autorité des Romains y comme d'une femme qui ëtoit déjà à lui, et qu'il avoit épousée avant qu'elle. fût à Syphax.

On s'est mutiné toutefois contre ces deux maris ^ et je m'en suis étonné , d'autant plus que l'année dernière je ne m'aperçus point qu'on se scandalisât de voir, dans le Sertonus, Pompée mari de deux femmes vivantes, dont l'une venoit chercher un second mari aux yeux mêmes de ce premier ' • Je ne vois aucune apparence d'imputer cette inégalité de sentiments à l'ignorance du siècle, qui ne peut avoir oublié en moins d'un an cette facilité que les anciens avoient donnée aux divorces, dont il étoit si bien instruit alors ; mais ily auroit quelque lieu de s'en prendre à ceux qui , sachant mieux la Sophonisbe de M. Mairet que celle de Tile- Live , se sont hâtés de condamner en la mienne tout ce qui n'étoit pas de leur connoissance^ et n'ont pu. faire cette réflexion, que la naort de

* C eàt qu Aristie est répudiée , et on la plaint ; Sophonisbe ne lest pas, et on la blâme.

DE CORNEILLE. 16.1

Syphax etoît une fiction de M. Mairet,' dont je ne pouvois me servir sans faire un pillage sur lui , et coname un attentat sur sa gloire. SaSôpho^ nisbe est à lui \ c'est son bien qu'il ne faut pas lui envier : mais celle de Tite-Live est à tput le monde. Le Trissin et Mont-Ckrélien , qui Font fait revivre avant nous , n'oùt assassine aucun des deux rois : jai cru qu'il m'ëtoit permis de n être pas plus cruel , et de garder la même fidélité à une histoire assez connue parmi ceux qui ont quelque teinture des livres pour nous convier à ne la démentir pas.

J'accorde qu'au lieu d'envoyer du poison à Sophonisbe ,. Massinisse devoit soulever les troupes qu'il commandoit dans l'armée, s'attaquera la personne de Scipion , se faire blesser par ses gardes, et, tout percé de. leurs coups ^ venir rendre les derniers soupirs aux pieds de cette princesse : c'eût été un amant parfait, mais ce n'eût pas été Massinisse. Que sait-on ménfie si la prudeuice de Scipion n'avoit point donné de si bons ordres qu'aucun de ces em^ portements ne fût en son pouvoir ? Je le marque assez pour en faire naître quelque pensée en l'espjitde l'auditeur judicieux et désintéressé, dont je laisse l'imagination libre sur cet article.

vni. 1 1

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S'il aime lés hëros fabuleux ^ il croira que Lœlius et Éryxe entrant dans le camp^ y trouveront celui-ci mort de douleur, ou de sa main. Si les vërités lui plaisent davantage , il ne fera aucun doute qu'il ne s'y soit console aussi aisément que l'histoire nous en assure. Ce que je fais dire de son désespoir à Mëzëtulle s'accom^' mode avec l'une et l'autre de Ces idëes 5 et je n'ai peut-être encore fait rien de plus adroit pour le thëâtre que de tirer le rideau sur des déplaisirs qui dévoient être si grands , et eurent si peu de durée.

Quoi qu'il en soit, comme je ne sais que les règles d'Aristote et d'Horace , et ne les sais pas même trop bien , je ne hasarde pas volontiers en dépit d'elles ces agréments surnaturels et miraculeux, qui défigurent quelquefois nos personnages autant qu'ils les embellissent, et détruisent l'histoire au lieu de la corriger. Ces grands coujps de maître passent ma portée; je les laisse à ceux qui en savent plus que moi 5 et j'aime mieux qu'on me reproche d'avoir fait mes femmes trop héroïnes , par une ignorante et basse affectation de les faire ressembler aux originaux qui en sont venus jusqu'à nous, que de m'entendre louer d'avoir efféminé mes hé-

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ros , par une docte et sublime complaisance au goût ' de nos délicats , qui veulent de lamour

' Ce n'est point Racine que Corneille désigne ici ; ce grand homme , qui n a jamais efféminé ses héros , qui n'a traité l'amour que comme une passioii dangereuse, et non comme une galanterie froide pour remplir nu acte ou deux d'une intrigue languissante , Racine , dis-je, n'avait encore publié aucune pièce de théâtre: c'est de Quinault dont il est ici question. Le jeune Quinault venait de donner successivement Stratonice, Arnxi^ lasorUCy le Faux THénrius, ji strate. Cet A strate surtout^ joué dans le même temps que Sophonisbe, avait attiré tout Paris , tandis que Sophonisbe était négligée. Il y a de très belles scènes dans Astrate; il y règne surtout de Tin-^ t^rét : c'est ce qui fit son grand succès. Le public était las de pièces qui roulaient sur une politique froide , mêlée de raisonnemens sur l'amour, et de complimens amou^ reux sans aucune passion véritable. On commençait aussi à s'apercevoir qu'il fallait un autre style que celui dont les dernières pièces de Corneille sont écrites : celui de Quinault était plus naturel et moins obscur. Enfin ses pièces eurent un prodigieux succès , jusqu'à ce que VAndromaque de Racine les éclipsa toutes. Boileau commença à rendre \ Astrate ridicule, en se moquant de l'anneau royal , qui , en effet , est une invention puérile; mais il faut convenir qu'il y a de très belle9 scènes entre Sichée et Astrate. ^

* Voltaire le savait très bien » car -il en a tiré parti dans S4mi^ ramis , en les embellissant à la vérité beaucoup , comme il embeW lissait tout ce qu'il empruntait P.

i64 PRÉFACE

partout, e4 ne permettent qu'à lui de faire aii-

près d'eux la bonne ou mauvaise fortune de nos

ouvrages.

Éryxe n'a point ici l'avantage de cette ressemblance qui fait la principale perfection des portraits : c'est une reine de ma façon , de qui ce poëme reçoit un grand ornement, et qui pourroit toutefois y passer en quelque sorte pour inutile , n'ëtoit qu'elle ajoute des motifs vraisemblables aux historiques, et sert tout ensemble d'aiguillon à Sophonisbe pour précipiter son mariage , et de prétexte aux Romains pour n'y point consentir. Les protestations d'amour que semble lui faire M assinisse au commencement de leur premier entretien ne sont qu'une équivoque , dont le sens caché regarde cette autre reine. Ce qu'elle y répond fait voir qu'elle s'y méprend la première ; et tant d'autres ont voulu s'y méprendre après elle , que je me suis cru obligé de vous en avertir.

Quand je ferai joindre cette tragédie à mes recueils , je pourrai l'examiner, plus au long , conmie j'ai fait les autres : cependant je vous demande pour sa lecture un peu de cette faveur qui doit toujours pencher du côté de ceux qui

DE CORNEILLE. , i65

travaillent pour le public, avec une attention sincère qui vous empêche d'y voir ce qui n'y est pas, et vous- y laisse voir tout ce que jy fais dire.

PERSONNAGES

SYPHAX, roi de Numidie.

MASSINISSE, autre roi de Numidie.

li^LIUSy lieutenant de Scipion, consul de Rome.

LÉPIDE, tribun romain.

6 O C C H AR y lieutenant de Syphax.

MÉZÉTULLE^ lieutenant de Massinisse.

ALBIN y centenier romain.

SOPHONISBE, fiUe d'Asdrabal, général des

Carthaginois , et reine de Numidie.

ÉRYXE , reine de Gétulie.

HERMINIE^ dame d'honneur de Sophonisbe.

BARCÉE^ dame d'honneur d'Éryze.

Pa ci; de Sophonisbe.

Gardes.

La scène est à Cyrthes capitale du royaume de Syphax, dans le palais du roi*

SOPHONISBE

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SOPHONISBE

TRAGÉDIE

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