NOTICE
Li^MoiTTEY (Pierre Edouard) naquit à Lyon , le ] 4 janvier i^Ga. Sesparens exerçaient le comuierce; mais les succès qu'il obtint dans ses études le décidèrent à préférer à la profession de son père la carrière du barreau. Il fut reçu avocat à Lyon en 1782 , et exerça cette profession jusqu'au moment de la révolution. Les devoirs de son état ne l'occupèrent pas exclusivement; il avait du goût pour les lettres, et s'y livrait avec plus d'ardeur qu'à l'étude du droit (i).
Si l'on s'en rapporte à l'auteur anonyme d'une No* tice sur Lemontey, insérée dans les Archwes histO' riques du département du Rhône y le premier écrit de Lemontey serait un petit pamphlet dirigé contre
(]) Ces commencemens de notre auteur, ce début dans la profession d'avocat lui sont communs avec un si grand nombre d'écrivains spirituels de notre littérature, qu'ils semblent comme l'introduction obligée de toute notice sur un homme de lettres.
Cette origine de tant d'hommes d'esprit a donné de l'or* gucil au corps respectable des avocats ; on énumère au Palais^
vj ^ NOTICE
le comte de Laurénciii; à roccasion d'un pont élevé sur le confluent du Rhône et de la Saône , œuvre sans conséquence pour la postérité, et que nous ne mentionnons ici que pour marquer le point de départ de l'auteur de Raison ^ Folie , et de V Essai sur la Mo^ narchie de Louis XIV.
Le premier de ses ouvrages qui ait porté sa réputation au-delà de l'enceinte de sa ville natale, fut \ Éloge de Peiresc^ mis au concours par T Académie de Marseille. Peiresc , contemporain de Malherbe , n'a laissé aucun ouvrage en forme; mais son -zèle et ses encouragemens pour les lettres, ses vastes connaissances , enfin une immense correspondance avec tous les érudits de son temps ^ ont protégé sa mémoire et lui ont mérité l'honneur que lui décerna l'Académie de Marseille, honneur dont cette Académie avait reçu l'exemple de Gassendi, qui a écrit en latin la vie de ce savant Provençal.
Quelques années après, en 1789, Lemontey remporta un autre prix à la même Académie pour V Éloge de Cook; mais déjà la littérature, à cette époque,
avec une certaine complaisance toutes les illustrations que la littérature a empruntée au barreau, et on en tire une conclu-' sion fort douce pour l'amour-propre des juristes. L'influence des études nécessaires à la profession d'avocat est- elle en effet très-favorable au développement de l'esprit? c'est possible ; mais l'exemple qu'on cite ne le prouve pas plus qu'une désertion ne prouve l'empire de la discipline militaire.
SUR LEMONTEY. vij
n'était plus pour Lemontey que d'un intérêt secondaire. La révolution venait d'éclater; il en adopta les principes y et se livrait avec plaisir à la pensée des améliorations qu'elle promettait à la France. Ce fiit lul^ùi rédigea le cahier de l'assemblée électorale de Lyon intra muros. A peu près dans le même temps, il consacra sa plume à la défense des droits politiques des protestans en attaquant l'édit de 1787, qui leur accordait l'État dvil^ mais les excluait des places de l'administration. L'écrit qu'il publia dans cette circonstance fut attaqué et réfuté par les immobiles du temps; mais ses principes ne tardèrent pas à être introduits par la révolution dans nos lois, où jusqu'ici ils paraissent devoir long-temps subsister.
Lemontey, au moment de la révolution, fut nommé membre du comité destiné à remplacer les anciennes autorités. Il y employa toute son influence pour faire rappeler M. Nedcer; ce fut lui et un M. Dubois qui eurent la plus grande part à la rédaction de l'adresse que la ville de Lyon envoya au roi pour cet objet, a Nous avons un Henri IV, y était-il dit, il nous faut un Sully. » Quand on organisa à Lyon l'autorité municipale, Lemontey fut appelé, par le suffrage de ses concitoyens, à la place de procureur-général de la commune, qu'il conserva jusqu'au moment oii il fut nommé à l'assemblée Législative comme député du département de Rhône-et-Loire.
Il conserva, dans cette assemblée, la modération
viij . NOTICE
d'opinions qui avait marqué les premiers jours de la révolutioQ ; il fiit de ceux qui reculèrent devant les dernières conséquences d'une lutte dans laquelfe devaient succomber ou l'ancien régime, ou les espérances d'une réforme qui était devenue le besoin le pluS Éhpérieux de la société.
L'ancien régime était vaincu. Lemontey fut obligé de se soustraire par l'exil à la colère des vainqueurs. Il passa en Suisse tout le temps que dura la terreur, et ne i^vint à Lyon, sa patrie, qu'en 1796, après avoir visité le nord de l'Italie.
Il resta deux ans à Lyon , oii il occupa la place d'administrateur du district. Là, cédant à la puissance de ses souvenirs d'exilé, tousses soins furent pour le rappel des émigrés et pour la restitution de leurs biens, qu'il obtint à force de réclamations et d'importunités. Alors la révolution pardonnait; Lemontey lui prêta un ministère qui convenait % la bonté de son cœur non moins qu'à ses opinions politiques.
Il revint à Paris en 1797, oîi il s'occupa exclusivement de littérature. Au mois d'août 1798, il fit jouer avec succès, sur le théâtre Feydeau, un petit opéra dont Plantade composa la musique, et intitulé : Palma , ou le Voyage en Grèce. C'est une pièce où l'auteur s'est proposé de faire la satire de quelques excès populaires exercés sur les monumens des arts; elle dut son succès au sentiment public d'une époque trop voisine de ce grand mouvement poli-
SUR LEMONTEY. ix
tique pour ne pas confondre avec la révolution elle^ même des fureurs que notre âge plus calme com^ pare aux désastres qui accompagnent une guerre juste, désastres dont il faut déplorer la triste nécessité , mais qui ne portent aucune atteinte à la pureté de la cause pour laquelle la guerre a été entreprise.
En 1 80 1 y Lemontey publia Raison y Folie j ouvrage rempli d'esprit et de grâce, et qui, dans l'espace d'une année, dbtint les honneurs de deux éditions. Deux ans après , il fit paraître un autre ouvrage du même genre sous ce titre : Récit exact de ce qui s^ est passé à la Société des Observateurs delà Femme j le mardi 2 noçembre 180a. Nous ayons dit, un autre ouvrage du même genre; il fallait dire, la suite et le complément de Raison j Folie; car, dans les deux parties, c'est la même philosophie aimable et douce, la même satire fine et délicate, l|méme expression spirituelle qui rappelle si bien^ la manière de Voltaire..
Les sentimena réactionnaires ne savent pas plus s'arrêter que les passions révolutionnaires.. Lemouley, une fois entré dans les intérêts opposés au développement des principes de la révolution , consentit à servir d'instrument au pouvoir qui s'établit dans la vue d'arrêter ee développement. Il fut nommé par Fouché chef d'un bureau de police littéraire, place qu'il garda jusqu'à la restauration, et qu'il conserva depuis à titre de censeur dramatique. On crut , à l'époque où il obtint cette. faveur du gouvernement impérial, si