‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 2)Chapitre 10 sur 45 · P&BRICE · texte numérisé non relu

P&BRICE

Je l'entands bien ainsi. ,

L^ GOUTTE

Mettons tTy>is aimées pour le tont.

' FABaiCE.

Ah ! Tolontiers. C'est un marché d'or. . Je vois bien maîoteuant <Jue vous êtes mon amie.* * LA GotrrrE.

Doucement, doucement, ces trois années sont la part de la nature; il reste celle des médecins.

FABRICE

Comment diable ! vous stipulez aussi pour eux. Je vous Croyais les plus grands ennemis.

LA GODTTE.

1 .y a entre nous société généra) nourrit le médecin, le médecin no ; ; et quand cette dernière escamt i docteur'fait le compère.

FA^RICÇ-

yoyons'dbiic quelle est la,j>ârt'de ces messieurs.

i LA GOUTTE.

Attends, j'ai^là le tarif. — Maladie naturelle, trois années. — Supplément de la médecine, .sept années. — Total , dix années.

QUEXLE JOURNÉE! ic»3^

FABRICE. •

Mats il i^y a pas de proportion ^ c'est abomi^ ^ nable, c'est und médecine de Jui&. ^

LA GOOTTE. -

Je le sais : j'en suis honteyse; mais c'est lé tarif de cette année; et plus ces messieurs deviendront saymts^ pkis^cela empirera.

?ABRIGS.

I^isquHl en est ainsi, tope ponr ies.dix anné^. Adieu, madame la Goutte, et pour toajours.

i.À GOUTTE , fondant es Iar0)ë«.

Adieu ^ mon bien^mé. Tâche de reti^ouver dans l'étude et la sagesse l'appui que, tu perds en moi.

fABRICE, à part.

Va, va, vieille mégère, me voilà enfin tiré de tes grifFes.

LA GOUTTE , à part.

Le pauvre enfant ! je lui voulais du bien. Puisse le ciel veiller sur lui* en mon absence !

Quand Fabrice avait commis une faute , il la faisait suivre immédiatement d'une réflexion , et son ame se retrouvait ainsi en équilibrfe ; mais , sa pé* nétration n^allant pas jusqu'à découvrii^ dans un accès de goutte la conséquence de ses premières sottises , il recueillait de cette prétendue injustice plus de découragement que de résignation. D'un autre côté, ses pauvres jambes, quoique déli-

vrées de la douleur, ^avaient conservé de cette émeuve je ne saijs quelle timidité qui Sîaii4>le être l'apanage de toutes les espèces de malhem^eux. L'esprit aussi abattu que le corps, il restait donc immobile sur sion banc , lorsque tout à coup la pprte de Thôtel s'ouvrit avec, fracas ; îl en sortit une dame d'un extérieur imposant; sa tête était placée avec fierté, quoique des connaisseurs eussent pu jug^r qu elle n'était pa$ très-bien attachée sur ses épaules; sa robe était richement brodée , mais|)as assez longue pour qu'onn'entrevît paa quelquefois sous les franges Mx pied plat et une chaussure délabrée , qui trahissaient^ une origine et des habitudes équivoques : cette grande dame s'appelait

Dès qu'elle aperçut Fabrice , elle tira d'un étui une superbe coupe d'agate , et la rempHt d'une liqueur e^trêmeipent mpussèu^e > qui avait la vertu d'enivrer sans désaltérer : elle Ja. présenta ^u malade, qui, ne l'ayant pas saisie avec assez d'avidité, ne put avaler qu'une gorgée du breuvage; le reste s'était déjà évaporé ; miais le peu qu'il en avait bu fit son effet. F^rice sentit son cœur bien remis, et sa tête légèrement exaltée*

l'ambition.

Veux-tu faire pour moi quelque chose d'agréable?

FABRICE

Votre liqueur m'y a disposé.

QUELLE JOURNÉE! ia5

l'ahbition.

La femme du ministre a perdu un chien qu^elle aimait beaucoup : compose une élégie que nous lui porterons; rime ou pille.

J'ai dans ma poche un livre où il s'en trouve une sur un pareil sujet; mais je n'ose l'emprunter, car * l'auteur est vivant.

l'ambition.

Tant mieux , l'ouvrage en sera plus inconnu : suis-moi.

FABRICE

Je ne saurais passer sous une voûte aussi basse; j'aime à marcher droit.

l'ambition.

Rampe.

FABRICE

Quel est nnsolent qui se moque de moi à cette fenêtre, et qui me jette de la boue?

l'ambition.

Remercie , c'est un valet de chambre.

FABRICE

Voyez 4onc la tache qu'il a faite à' mon ba)>it.

l'aMbition. ,

Une seule tache cnocjue la vue.: mais contiii^ons; quand tout Fhabit en sefa cou^vert , il n'y 'panaîtfra plus. ^

i26 QUELLE JOURNÉE!

Quelle foule assiégé ^a porte ! je ne pourrai jamais eûtte^.

l'ambitiok.

Pousse , frappe , mords , écrase.

FABRIG£«

Je totnbe de sommeil j de feim et de froid.

l'ambition.

Veille , jeûne , souffre , et ris.

FABRICE

*' Et quand je serai entré ?

l'ambition.

Écoute les vieux, amuse les vieilles; jette ton argent tfux femmes, et ton honneur aux hommes; flatte tout le monde , et n'ajmc que toi.

fabkice.

Ce rude exercice dure-t-il long-temps?

fc l'ambîtion.

Tonte la vie.

FABRIC*:.

Mais enfin quel en est le, prix?

l'ambition.

Les uns poursuivent Fargent, et les autres la gloire. J'agite' tin grand flambeau qui couvre les ^ premiers de <:endre, et les seconds de famée, et ' iouf 'est dit. • •• <

" t • • FABlllCE.

11 m'avait semblé que vous promettiez davantage.

QUEUJi JOURBÉE! 1^7

l'aMbitiok.

Regarde ce nuage briUant ; vois ces fleuves d'or,

ces forêts àe lauriers, ces flots d'adorateurs, ces

palais, ces chars, ces meubles si voluptueux, ces

femmes si divines et st humaines...^ '

Il faut y renoDcer.

FABdiCE. ■ ' ■ ■

Y renoDcerl Ah! midbenreux!

l'ahbixiob.

Avançons, le temps presse.

PABBICE.

Je Me ««Cuse-pas de te suivre ; mais , je t'en conjure à génouxr, sauve-moi de mi propre (ïdhlAse : chasae-tnoi.' , - »

i'ajhbitioh.

Allons, Fâl)rice, da courage. , •

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