‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 2)Chapitre 25 sur 45 · L£ SINGE AU BAL · texte numérisé non relu

L£ SINGE AU BAL

BuFFON avait un singe, un grave orang-outang ,

Qui d'un valet faisait FofBce , Et qui y sur ses deux^ pieds sans peine se tenant y. Avait la taille et le fltegme d'un Suisse.

Pour s'amuser un jour de carnaval , L'historien de la nature Au bal de l'Opéra conduisit l'animal

Dans une décente parure.

De tafiPetas jonquille un ample domino y Les gants , les brodequins , le masque de Venise

De pied en cap^ déguisaient le pongo , Et des plus clairvoyans préparaient la méprise.

Buflbn arrive avec son Africain ; Un savoyard leur aide à sortir de voiture ,.

Et tous deux introduits vont chercher aventure. I^ul ne remarque l'écrivain ; Mais du grand singe il n'en est pas de même : On le voit dans la foule aller d'un pas égal , Et d'une indifférence extrême Contempler tous les fous du bal.

Sa majesté fière et tranquille^ Je ne sais quoi de neuf ^ d'original , Attirent tous les jeux sur le masque jonquille. Dès qu'on est remarqué , ch^z nous on est charmant. Pour le pongo chacun se passionne , Le lutine et le questionne.

Autre sujet d'étonnement!

Lui ne répond à personne.

C'est un prince étranger , dit Tun. — C'est un docteur, Ditl'autre.-Unévêque.-Ouî.-Peut-être un grand d'Espagne.

— C'est au moins un ambassadeur. — La foule avec transport l'admire , l'accompagne , Et tous voudraient lui plaire. Dans la main

Un masque , . en passant , lui glisse

La demeure d'un -médecin

Et le billet doux d'une actrice. • Enfin de l'assemblée il fait seul l'entretien;

Pour l'orchestre on n'a plus d'oreilles , Tant on s'épuise à dire des merveilles

Du grand bomme qui ne dit rien.

« Te voilà bien , peuple fantasque , »

S'écrie alors Buffon , du singe ôtant le masque ,

« Tu dédaignes le vrai talent , « Et tu veux que l'objet de ton culte imprudent « Reçoive tout son prix de ta tête légère : » Aussi rien n'est plus propre à faire un important

« Qu'une béte qui peut se taire. »

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