LE NID SAUVÉ
ROMANCE VILLAGEOISE , TRADUITE DE l' ALLEMAND.
Te souviens-tu bergère , De cet orage affreux Qui combla la misère De tant de malheureux ?
La grêle déchaînée^ £n épais tourbillons, Des travaux d'une année Dépouilla nos sillons.
L'astre du jour à peine Montre un front plus serein , Que je cours ^ hors d'haleine , Visiter mon jardin.
Mais, ô douleur amèrel Tous mes arbres chéris Ne couvraient plus la terre Que de tristes débris.
Un seul vivait encore.
Hélas ! si c'eût été
Le joli sycomore
Que pour toi j'ai planté !
Mais par un choix injuste,
Qui confond ma raison.
Ce ^'était qu'un arbuste, j
Un stérile buisson.
36o lE NID SAUVÉ.
Vil arbrisseau , lui dis-je ^ Ma main saura venger.
Sur ta vorace tige , L'honneur de moii verger.
Pr^t à frapper, que vis-je Entre ses verts rameaux ?
Sauvé par un prodige, C'était un nid d'oiseaux.
Petits ! pour votre asile, De moi ne craignez rien ; Je veux qu'il soit tranquille Et sûr comme le mien.
Aurais— je le courage De me montrer, pour vous , ' Plus méchant que l'orage Qui vous épargna tous?
Vous n'avez plus de mère ; Nous vous en servirons.
Chaque jour ma bergère • Et moi TOUS nourrirons.
Comme la Providence J'aime les malheureux ; Et dans mon indigence Je trouve encor pour eux.
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ADRESSÉS AUX DEUX GROUPES DE CHEVAUX EN MARBRE TRANSPORTÉS DE l' ABREUVOIR DE MARLY A l'eNTRÉë DES CHAMPS-ELYSÉES (1).
Brillans jumeaux, que l'aîné des Coustous Fit s'élancer des rochers de Carrare , Fougueux coursiers , de grâce , arrêtez-vous ; Paris le veut : Paris n'est plus barbare.
Durant un siècle , auprès d'un abreuvoir, Vous avez su conserver l'abstinence ; A nos rentiers prêtez votre savoir ; A nos tribuns prêtez votre silence.
Mais quand Delille eut quitté ses foyers , Pégase ici vous choisit pour modèle; Et , comme vous , laissa ses écuyers Courir à pied et jamais sur la selle.
Vos mouvemens , que l'instinct a guidés , Frappent l'artiste et font penser le sage.
Ruant toujours, quoique toujours bridés^ Des nations vous lui montrez l'image.
(i) Ces vers furent publiés dans les journaux du temps, lorsque le Directoire fit ti'ansporter les groupes de Goustou , à Taide d'une machine ingénieuse du colonel Grobert, dont les dessins put été gravés. Les trièunSf dont on parle dans la seconde stance, ne sont point les membres du tribunat, qui n'existait pas encore, mais des écrivains brouillons qui s'étaient arrogé ce titre.
Si la colère étincelle ea vos yeux , Ah I c'est de voir, au sein de nos misères , Que chaque jour dans des chars orgueilleux , Tant de faquins sont traînés par vos frères.