HORACE, ACTE IV, SCÈNE VIL
Et préfère du moins au souvenir d'un homme Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.
CAMILLE
Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant ! Rome, qui t'a vu naître, et que ton cœur adore! Rome, enfin, que je hais parce quelle t'honore ! Puissent tous ses voisins, ensemble conjurés, Saper ses fondements encor mal assurés!
Et si ce n'est assez de toute l'Italie, Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie ; Que cent peuples unis des bouts de l'univers Passent pour la détruire et les monts et les mers ! Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles , Et de ses propres mains déchire ses entrailles ; Que le courroux du ciel, allumé par mes vœux, Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux ! Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre, Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre, Voir le dernier Romain à son dernier soupir, Moi seule en être cause, et mourir de plaisir! HORACE , metlant l'épée à la main, et poursuivant sa sœur
qui s'enfuit.
C'est trop, ma patience à la raison fait place ; Va dedans les enfers plaindre ton Curiace !
CAMILLE, blessée , derrière le théâtre.
Ah ! traître !
HORACE, revenant sur le théâtre.
Ainsi reçoive un châtiment soudain Quiconque ose pleurer un ennemi romain.