‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 124 sur 766 · CINNA, MAXIME · texte numérisé non relu

CINNA, MAXIME

MAXIME

Quel est votre dessein après ces beaux discours ?

CINNA

Le même que j'avais, et que j'aurai toujours.

MAXIME

Un chef de conjurés flatte la tyrannie !

CINNA

Un chef de conjurés la veut voir impunie !

MAXIME

Je veux voir Rome libre.

CINNA

Et vous pouvez juger Que je veux l'affranchir ensemble et la venger. Octave aura donc vu ses fureurs assouvies, Pillé jusqu'aux autels, sacrifié nos vies, [morts, Rempli les champs d'horreur, comblé Rome de Et sera quitte après pour l'effet d'un remords ! Quand le ciel par nos mains à le punir s'apprête, Un lâche repentir garantira sa tête !

C'est trop semer d'appâts, et c'est trop inviter Par son impunité quelque autre à l'imiter. Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonne Quiconque après sa mort aspire à la couronne. Que le peuple aux tyrans ne soit plus exposé : S'il eût puni Sylla, César eût moins osé.

MAXIME

Mais la mort de César, que vous trouvez si juste, A servi de prétexte aux cruautés d'Auguste. Voulant nous affranchir, Brute s'est abusé ; S'il n'eût puni César, Auguste eût moins osé.

CINNA

La faute de Cassie, et ses terreurs paniques, Ont fait rentrer l'état sous des lois tyranniques ; Mais nous ne verrons point de pareils accidents,

92 CÏNNA, ACTE

Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudents.

MAXIME

>"ous sommes encor loin de mettre en évidence Si nous nous conduirons avec plus de prudence ; C 'pendant c'en est peu que de n'accepter pas Le bonheur qu'on recherche au péril du trépas.

CIXXA.

C'en est encor bien moins, alors qu'on s'imagine Guérir un mal si grand sans couper la racine ; Employer la douceur à cette guérison, C'est, en fermant la plaie, y verser du poison.

MAXIME

Vous la voulez sanglante, et la rendez douteuse.

CIXXA.

Vous la voulez sans peine, et la rendez honteuse.

MAXIME

Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit.

CTNNA.

On en sort lâchement, si la vertu n'agit.

MAXIME

Jamais la liberté ne cesse d'être aimable ;

Et c'est toujours pour Rome un bien inestimable.

CIXXA.

Ce ne peut être un bien qu'elle daigne estimer, Quand il vient d'une main lasse de l'opprimer : Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie Le rebut du tyran dont elle fut la proie ; Et tout ce que la gloire a de vrais partisans Le hait trop puissamment pour aimer ses présents.

MAXIME

Donc pour vous ^Emilie est un objet de haine?

CIXXA.

La recevoir de lui me serait une gêne ; Mais quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts, Je saurai le braver jusque dans les enfers. Oui, quand par son trépas je l'aurai méritée, Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée, L'épouser sur sa cendre, et qu'après notre effort Les présents du tyran soient le prix de sa mort.

MAXIME

Mais l'apparence, ami, que vous puissiez lui plaire Teint du sang de celui qu'elle aime comme un père? Car vous n'êtes pas homme à la violenter.

CIXXA.

Ami, dans ce palais on peut nous écouter, Et nous parlons peut-être avec trop d'imprudence Dans un lieu si mal propre à notre confidence : Sortons ; qu'en sûreté j'examine avec vous, Pour en venir à bout, les moyens les plus doux.

III, SCENE i,

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